Balade sur le Rhin: Schaffhouse et Constance

La ville de Stein Am Rhein, côté Suisse du Rhin.

En fin de semaine, nous sommes un peu fatigués et nous décidons de ne faire qu’une sortie d’un jour. Nous optons pour le nord de la Suisse afin de connaître la région du Haut-Rhin. Ce fleuve emblématique de l’Europe centrale, long de 1230 km, naît d’ailleurs en Suisse, dans les Grisons. En s’écoulant, il forme tour à tour la frontière entre la Suisse et le Liechtenstein, la Suisse et l’Autriche, la Suisse et l’Allemagne, l’Allemagne et la France pour terminer sa course à Rotterdam, aux Pays-Bas. Les rivières d’Europe sont souvent petites vu la taille du vieux continent. Mais le Rhin en impose. Si ce fleuve coulait au Québec, ce serait son plus long cours d’eau (à part le Saint-Laurent). Son débit le placerait entre la rivière des Outaouais et le Saint-Maurice. On peut le remonter en bateau sur 870 km, jusqu’à Bâle, en Suisse et même un peu plus loin, jusqu’au premier obstacle majeur…

… les chutes du Rhin.

C’est d’ailleurs un de nos objectifs de ce beau samedi d’août que d’aller voir les célèbres Rheinfall, à Schaffhouse, au nord de la Suisse. Le spectacle est grandiose. Plutôt qu’une chute franche comme le Niagara, les chutes du Rhin sont plutôt comme une immense cascade (un gros seuil IV de 23 m pour mes amis canoteurs), terminant un rapide qui, n’eut été des conséquences d’un arrêt contre-courant raté, serait tout à fait canotable (RII). En plein centre de celle-ci, on trouve en prime… le Rocher Percé! Deux gros rochers émergent des eaux, dont l’un d’eux percé d’un trou par des milliers d’années de frottement persistant. Sur l’un des côtés de la chute, l’érosion a formé une paroi étonnante.

Les Chutes du Rhin vues du petit pont en amont.
(Pour les canoteurs, la « chicken pass » est à droite…)

Un tel site, avec son accès privilégié pour contrôler le transport maritime, n’est pas passé inaperçu au Moyen-Âge. Le château de Laufen (Laufen Schloss) domine le site et offre une vue imprenable sur les environs.

Les chutes vues du Château de Laufen.
On voit bien le trou dans la pierre au centre et le petit bateau touristique pris dans le contre-courant, en bas.
Le château de Laufen, sur la falaise…
Rodéo au château de Laufen

La ville de Constance, en Allemagne

Après s’être bien rincé l’oeil dans les chutes du Rhin, nous décidons de faire une heure de train supplémentaire pour aller visiter la ville de Constance, en Allemagne. Cette ville, au bord de l’immense lac du même nom est, depuis des siècles, une station balnéaire de prestige pour les Allemands, les Autrichiens et les Suisses qui se partagent ses rives bucoliques. Le train qui nous y emmène à de quoi réjouir la famille: on y trouve… un wagon pour enfants avec des modules de jeux intégrés!!! Les trains suisses ne finissent plus de nous étonner.

On passe un moment, trop court à l’avis de mes enfants, dans ce train avant d’arriver à la gare Suisse de Constance. Cette dernière étant une ville frontalière, il y a une gare pour les trains qui relient la Suisse et une autre pour les trains qui relient l’Allemagne du nord.

Dès notre sortie de la gare, nous traversons un tunnel où des musiciens nous offrent un spectacle de rue. Il fait beau, il y a plein de gens. Nous sommes séduits pas l’ambiance vibrante qui contraste avec le calme méditatif typique de la Suisse. Et pourtant, nous n’avons fait que traverser la rivière!

Après avoir déambulé dans ses rues, nous pouvons dire sans détour que Constance est une ville absolument séduisante. D’abord, son lac est immense et d’un vert Caraïbes étonnant. Son port est animé, un peu comme l’est celui de Montréal en été. (Je n’ose pas dire le Vieux-Port de Montréal, car celui de Constance existe depuis le 13e siècle). Ses vieilles rues sont remplies de boutiques alléchantes: poissonneries, boucheries, boulangeries et le tout, pour la première fois de notre voyage, à des prix raisonnables (un peu plus élevés qu’à la maison, mais pas le double ou le triple).

Le lac de Constance (Bodensee en allemand)
Une des rues du Vieux-Constance, près du port.

Après quelques heures de promenade, nous voyons une épicerie. Nous décidons d’aller y faire un tour. Nous en ressortons avec environ 20 kg de souvenirs: des boites de thon, des tortillas, du beurre d’arachide, des pots de yogourt d’un litre (enfin un format américain!) et même un balai. Le tout à moins de la moitié du prix pour ces mêmes articles à Zurich. Qui plus est, n’étant pas du pays, on est éligible à un remboursement de taxes de… 20%! On vient de financer notre voyage d’un coup et ainsi, comprendre pourquoi des milliers de Suisses vont faire leur épicerie à l’étranger à chaque semaine. Comme disait je ne me souviens plus quel philosophe allemand:  » Plus t’achètes, plus t’économises ».

Croisière sur le Rhin

Pris dans la folie du magasinage, nous n’avons pas vu le temps passer. Subitement, nous étions en retard pour prendre notre bateau car, de tous les moyens de transport possibles pour retourner à Schaffhouse, nous avons choisi le plus lent, mais le plus poétique.

Nous arrivons à la course au bateau… que nous ratons de 10 secondes!! Devant nos airs dépités, les agents de bord prennent le temps de remettre la passerelle pour nous accueillir, retardant le départ de quelques minutes. Ça peut paraître anodin, mais on est en Suisse! (Ils ne veulent pas passer dans le journal le lendemain! Voir notre article sur les trains suisses.)

On s’assoit, essoufflés. On a soif. Très soif. Et nous sommes sans eau puisque nous avons oublié d’en acheter à l’épicerie (à 0,4 euros le litre). Je vais demander une bouteille à la serveuse du bateau. 500 mL. Je l’ai payée… 5 francs (7$). Voilà qui venait d’annuler les économies d’au moins quatre boites de thon que j’aurai à transporter sur mon dos jusqu’à la maison… Rebienvenue en Suisse!

Entre Constance et Schaffhouse, le Rhin a à peu près la largeur de la rivière Richelieu. La végétation qui l’entoure est aussi assez ressemblante. Des forêts de feuillus et des pelouses verdoyantes la bordent des deux côtés. Toutefois, une chose diffère grandement: le courant. À l’oeil, je dirais qu’on est autour de 5 ou 6 noeuds (10-12 km/h). À quelques endroits, de petites eaux vives se forment en plein milieu. Ça déboule!

Vue sur le Rhin de notre bateau, identique à celui sur la photo.

Nous apprécions le cadre champêtre et l’architecture allemande du côté nord et suisse du côté sud. Le bateau arrête pour prendre des passagers dans de nombreux villages, dont Steckborn et Stein Am Rhein, qu’on pourrait traduire littéralement par… Pierre sur le Rhin. Ayoye!

Steckborn, sur les bords du Rhin, côté Suisse
Stein Am Rhein, aussi côté Suisse

Nous croisons de nombreux baigneurs profitant de la rivière un peu partout. À un point, trois gars nous font un spectacle en nous montrant leurs fesses. Ils faisaient semblant de ne pas se rendre compte que le bateau était là. Tout le monde à bord s’est mis à siffler et à rire. Les gens sont relaxes…

À un certain moment, à l’approche d’un pont, une alarme retentit. « Achtung! Achtung! ». C’est le toit du navire qui s’abaisse jusqu’à ce que les passagers ne puissent plus se lever de leurs sièges. La cabine du capitaine, elle aussi, commence à se recroqueviller sur elle-même et disparaît progressivement, laissant le capitaine à découvert, sa tête au point le plus haut du navire.

Wow! Notre bateau est un « Transformers »! Rapidement, nous comprenons que cette manoeuvre sert à traverser le vieux pont devant nous, dont les arches sont beaucoup trop basses pour laisser passer un tel navire. La méthode est surprenante d’ingéniosité et constitue en soi une attraction touristique de plus dans cette croisière.

Stein Am Rhein (encore!) avec cette fois-ci une vue sur le pont couvert que notre navire doit traverser.

Schaffhouse

Après 4h de bateau, nous terminons notre périple de Constance à Schaffhouse. Il en aurait fallu moins d’une heure pour les joindre en train. La ville de Schaffhouse, dont le nom est une déformation de schiff (bateau) et hausen (maison), était jadis un gros stationnement de navires qui devaient forcément s’y arrêter à cause des chutes en contrebas. La partie médiévale de la ville est superbe. Avant de reprendre le train pour la maison, nous faisons un détour par ses vieilles rues empierrées flanquées de maisons hautes en rangée. Comme dans tous les villages et villes de Suisse que nous avons visités jusqu’à maintenant (sans exception), il y a des fontaines d’eau potable. Celle de Schaffhouse est particulièrement jolie, avec sa statue de Guillaume Tell qui donne le goût, avec une gang de chums, de se partir un pays…

Il se fait tard. Bonne nuit.

Publié par Famille QuebecZurich

Une famille Québécoise avec de jeunes enfants vivant une année en Suisse alémanique. Découvrez la Suisse avec nous: géographie, culture, plein air, vie familiale. Bonne lecture à tous.

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1 Comment

  1. Merci de partager vos anecdotes de voyage. C’est super intéressant de te lire. La suisse est sur notre liste alors je prends des notes!

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