Voilà 5 jours que nous sommes arrivés en Suisse*. Nous avons pris possession de notre appartement, obtenu une passe de train, installé l’Internet, ouvert un compte de banque. Ensuite, nous nous sommes enregistrés à l’arrondissement comme nouveaux résidents et nous avons acheté des vélos pour toute la famille (les enfants ne s’en pouvaient plus) et des accessoires en ligne chez IKÉA. Nous avons reçu plusieurs beaux accessoires domestiques (chaises, matelas, télé, tables, machine à café, aspirateur, Légos, même une X-box!) de Yuksel et Emmanuel, mes collègues chez IBM. Nous commençons à nous sentir chez nous.
Il me reste 10 jours avant le début de mon travail chez IBM et nous aimerions en profiter pour aller faire un peu de repérage en Suisse. Mais où aller? Tout est nouveau et intéressant. Nous avons notre équipement de camping (c’est à peu près tout ce qu’on a apporté). Nous sommes aussi fascinés par la description des lignes de train inscrites au Patrimoine de l’Unesco, les fameux trains rhétiques. Il y a trois telles lignes en Suisse. La première est le Bernina Express, qui part de Coire au Nord des Grisons pour se rendre jusqu’à Tirano en Italie, en passant par de magnifiques vallées dont celle de l’Engadine, où se trouve Saint-Moritz. La seconde est le Gotthard panorama express, une ligne nord-sud qui relie Lugano, dans le Tessin (la Suisse italophone) et Lucerne, dans la Suisse centrale. Finalement, il y a le Glacier express, le train qui relie les deux plus célèbres stations de ski de Suisse, Zermatt et Saint-Moritz. .
Comme on rêve l’aller skier au moins une fois dans ces deux montagnes mythiques, on se réserve le glacier express pour l’hiver. En bons Montréalais habitués de faire 4h de route pour aller à la Malbaie une fin de semaine, on décide d’organiser notre voyage comme suit. Nous allons partir de Zurich pour se rendre à Coire (1h de chez nous). Puis de Coire (Chur en Allemand), nous allons prendre la ligne du Bernina express jusqu’à St-Moritz (ligne bleu-ciel ci-dessus). De Saint-Moritz, nous allons descendre dans la Vallée italophone des Grisons (Val Poschiavo) toujours abord du Bernina, qui doit son nom au pic le plus haut du canton des Grisons (~4050 m) que l’on frôle durant le voyage (Ligne rouge ci-dessus). Ensuite, nous poursuivrons sur cette ligne jusqu’à Tirano en Italie (toujours ligne rouge). De là, nous prendrons un autobus express pour Lugano, dans le Tessin (encore ligne rouge), et nous remonterons vers Lucerne et le lac des Quatre-Cantons à bord du Gotthard Panorama-Express (ligne bleu marin)
Nous nous arrêtons deux nuits pour camper à quatre endroits différents: St-Moritz, Poschiavo, Lugano, et Lucerne. Nous vous promettons une description détaillée des Campings de Suisse, mais pour l’instant nous nous concentrerons sur le paysage est les régions. Voici ce que ça donne.
Le voyage jusqu’à à St-Moritz
Je pense qu’il vaut la peine de s’attarder sur le voyage en train nous menant de la maison jusqu’à Saint-Moritz. Nous partons tôt le matin de la maison, chacun avec notre « frigidaire » sur le dos. Pas grave, nos années de canot camping nous ont habitués à ces portages.

Le voyage de Wädenswil à Coire est déjà impressionnant. On passe par le lac de Walenstadt, surplombé par une immense falaise rocheuse (un genre d’Acropole des draveurs). À Coire, on embarque sur la ligne du Bernina express, en route vers St-Moritz. Ce n’est pas que le paysage qui est impressionnant, mais aussi les hauts faits de génie civil qui ont permis à ce train de suivre une telle route. On traverse ainsi le célèbre Landwasser Viadukt, long de 150 m, haut de 65 m et construit en … 1902!

Le Landwasser viadukt. Photo de David Gubler (http://www.bahnbilder.ch)
Le train serpente à travers les montagnes en employant des dizaines de tunnels, et plusieurs autres ponts. Il monte aussi jusqu’à 2000 m d’altitude pour traverser des passes à travers les montagnes. Plutôt que de vous recopier toutes les images du site web, je vous mets le lien ici vers le trajet du Bernina express. Voici aussi quelques uns de nos clichés personnels.

Les environs Saint-Moritz

Vue de la vallée de l’Engadine du haut du téléférique de Furtschellas, au fond à droite se trouve St-Moritz et son lac.
Après à peine 3h de transport, nous voici arrivés à St-Moritz. Située au creux de la vallée de l’Engadine, dans l’est de la Suisse, à environ 1750 m d’altitude, St-Moritz est l’une des stations alpines mythiques d’Europe. L’été, c’est un repère d’athlètes d’endurance qui viennent s’y entraîner. L’hiver, eh bien, c’est la station de ski légendaire où on risque d’être assis à côté de vedettes d’Hollywood, de membres de la famille royale anglaise (Le prince Philip ne se sauve-t-il pas à quelques reprises de sa mégère royale en s’envolant pour St-Moritz dans la série Netflix « The Crown »), ou encore le maharadjah de Gopal (pour ceux qui connaissent bien Hergé). Pour les plus vieux, c’est aussi la station où James Bond (Roger Moore) est talonné par quatre méchants Russes dans une scène de poursuite à ski époustouflante dans « The spy who loved me ».
Je ne suis pas un expert en stations de montagne « glamour », mais , en voyant St-Moritz, j’ai l’impression que toutes les autres que j’ai vues jusqu’ici n’en sont que de pâles ersatz. La station de sports de montagne parfaite doit posséder plusieurs qualités, toutes réunies ici. D’abord elle doit être vaste. St-Moritz donne accès de nombreux glaciers ou de pics à dévaler à pied, à vélo, à ski ou même en vol-à-voile (paragliding). Certains ont plus de 3000 m d’altitude. Ensuite, ça prend de beaux lacs à la base pour les sports d’été. St-Moritz en a toute une chaine, enfilées comme un collier d’émeraudes. L’un d’eux, le lac de Silvaplana, possède son propre vent caractéristique venu des Montagnes, le Maloja, ce qui en fait un paradis de planche-à-voile. Ils sont froids par contre! Le « wet suit » est de mise. Ensuite, ça prend des installations. Côté installations sportives, il suffit de dire que St-Moritz a été deux fois l’hôte des jeux Olympiques d’hiver, et de moult championnats de skis. Elle possède la seule piste de bobsleigh naturelle dans le monde. Une dizaine de téléfériques mènent à des télésièges normaux pour aller se promener en hauteur. Chaque pic possède son pavillon restaurant où tout est délectable à part le prix. Finalement, ça prend de l’histoire et de la culture. L’endroit est fréquenté depuis l’antiquité par les Celtes et les Romains, et c’est le coeur de la culture Romanche, la 4e langue nationale suisse, souvent oubliée, mais parlée par environ 60 000 Suisses. D’ailleurs, la toponymie locale fait grande référence à la culture Romanche. Le lac de St-Moritz est aussi nommé San Murezzano. Le pic Corvatsch (Corbeau), le glacier Morteratsch (Vadret da Morteratsch), ou l’alpage Furtschellas, rappellent bien la culture locale. Le nom de la vallée même, l’Engadine, vient du fait qu’elle est la source de l’Inn (« En » en romanche), la rivière qui a donné son nom à Innsbruck en Autriche, et qui coule jusqu’au Danube pour finir dans la mer Noire.

La rivière Inn, pourtant longue de près de 600 km, n’est qu’un minuscule torrent dans l’Engadine.
De prime abord, St-Moritz peut intimider par sa taille, son aura, et son opulence. Mais une fois arrivés au camping, tout redevient simple. C’est plein de gens « normaux » comme nous, qui viennent ici des quatre coins de l’Europe pour pratiquer des sports de plein air. La seule chose qui est moins normale, c’est le degré de forme physique des campeurs. Tous pratiquent un sport de manière intense et plusieurs semblent être prêts à courir un marathon à « Un, deux, trois , go! » . À notre arrivée, fin juillet, St-Moritz était l’hôte d’une course de 29 km en montagne (avec 2000 m de dénivelé). La semaine prochaine, c’est l’Iron Man de Saint-Moritz. Partout autour de nous, on voit des parents athlètes accompagnés d’enfants athlètes en cuissards de vélo ou en vêtements de course. La piste du marathon de ski de fond de l’Engadine passe en plein coeur du camping et plusieurs l’empruntent pour faire leurs entraînements quotidiens. Autre point inhabituel pour un camping Québécois, à côté du camping se trouve un terrain de Polo et, en soirée, on peut assister à des cavalcades vraiment impressionnantes. Typiquement St-Moritz… Mais nous, nous sommes ici pour les paysages.
Rando #1 : Le Piz Diavolezza

Le lendemain de notre arrivée, nous prenons notre premier téléférique de notre séjour pour monter au Piz Diavolezza à 3000 m du niveau de la mer. L’altitude nous coupe le souffle. La vue aussi. Je laisse les photos ci-dessous vous la décrire à ma place.

Randonnée au piz Diavolezza


Une piste de ski à 3000 m recouverte de plastique blanc pour l’été (pour l’empêcher de fondre).

Rando sur la neige en juillet 
Un sac de pop corn gonfle en altitude. Pourquoi?
Rando #2 : Le glacier Morteratsch
En après-midi, nous prenons le train pour aller visiter le Vadret da Morteratsch (pour pratiquer votre romanche). C’est le plus gros glacier de la vallée mais, dans les 160 dernières années, il a reculé de deux kilomètres à cause d’un réchauffement du climat dans la vallée. Un sentier balisé permet de marcher là où le glacier se trouvait jadis. Des panneaux d’information nous font prendre conscience de son ampleur en reculant dans le temps jusqu’en 1860. Pour les enfants, on fournit un petit guide à étamper à chaque étape. Chaque étampe fournit la lettre d’un code secret, et les enfants gagnent un cadeau à leur retour à la gare s’ils connaissent le code (un yoyo, de la tisane, etc.). Ça les garde motivés! Ils en avaient bien besoin durant cette randonnée de deux heures au soleil.
Rando # 3: Furtschellas et le village de Sils-Maria
Avant notre départ pour Val Poschiavo, le lendemain matin, nous en profitons pour visiter Furstschellas, un domaine skiable tout près de St-Moritz, au pied duquel se trouve le village de Sils-Maria. Furtschellas est bien différent de la Diavolezza. C’est plutôt un alpage, une plaine gazonnée à flanc de montagne où les vaches vont brouter. (Vous vous rappelez, Heidi?)
On a un coup de coeur pour cet endroit. Le contraste des montagnes enneigées au loin avec le vert de l’alpage et des lacs émeraudes à son pied crée un environnement très paisible, avec pour trame sonore le bruit des cloches des vaches suisses.
Flavie en a profité pour perdre sa première dent de lait! On fait un Skype avec Mamie et Chério (surnoms de mes parents pour les enfants) pour leur partager la beauté des lieux, que j’espère, vous retrouverez sur les photos ci-dessous.


Au pied de Furtschellas se trouve le village de Sils-Maria. C’est une bourgade de 80 maisons à peu près à travers laquelle coule un magnifique petit torrent glaciaire. Tout est propre et bien pensé dans cette ville typique de la haute-engadine.

C’est ici que le jeune Friedrich Nietzsche, fragile de santé, a passé sept étés à se reposer, tout en énonçant les principes de sont opus magnum » Ainsi parlait Zarathoustra ». (J’aimerais pouvoir me reposer comme ça aussi.) La maison dans laquelle Nietzsche a habité est maintenant un musée, uniquement en allemand, qui, avec de jeunes enfants en sus, vous nous excuserez de ne pas avoir visité. Par contre, nous avons passé une bonne heure au magnifique parc de jeux pour enfants de Sils-Maria.

* Noter que ce blogue n’est pas tout à fait à jour et que les événements relatés se sont produits il y a deux semaines déjà.


















