Lucerne sous la pluie

Traverse du lac des Quatre-Cantons. Le beau temps avant la pluie.

Pour la dernière étape de nos petites vacances de repérage en Suisse, nous mettons le cap sur le coeur du pays, la région du lac des Quatre-Cantons. (Vierwaldstättersee en allemand. Essayez de prononcer ça sans rire…) Comme le nom le dit, le lac est bordé des cantons de Schwytz, Nidwald, Uri et Lucerne. C’est sur ses bords, qu’en 1291, sur la plaine de Rütli, que les trois premiers cantons ont juré une alliance pour lutter contre l’oppression des Habsbourg, et ainsi jeté, sans le savoir, les bases de la Suisse actuelle. (Suisse vient du nom du canton fondateur de Schwytz). C’est aussi le long des berges escarpées de ce lac qu’a vécu Guillaume Tell. Selon la légende (et surtout selon Wikipédia), il aurait assassiné un bailli des Habsbourg d’un trait de son arbalète et ainsi galvanisé la rébellion contre la tyrannie aristocrate de l’époque. Avant cela celui-ci l’aurait arrêté et condamné à décocher un trait sur une pomme placée sur la tête de son fils. C’est cette dernière partie que ma mère me racontait, enfant.

Pour se rendre au lac, nous prenons un autre train mythique, le Gotthard Panorama Express. Cette ligne va de Lugano à Fluëlen en train panoramique, puis de Fluëlen à Lucerne, en bateau à aube. Par nombre de tunnels et de montées spectaculaires, le train franchit la passe du Saint-Gotthard, qui était au Moyen-Âge la passe de montagne qui séparait l’Europe du nord de l’Europe du sud. La voie ferrée emploie notamment deux tunnels hélicoïdaux qui font grimper le train à l’intérieur de la montagne avant d’en ressortir. Comme il n’y avait plus de billets disponibles en seconde classe pour ce train, nous avons dû nous contenter de voyager en première). Notre agent de bord, un type à l’entregent très développé, nous a fait une démonstration éloquente de la rotation du train à l’aide d’un pendule de Foucault. Il a suspendu un couteau suisse par un fil au plafond du wagon puis l’a mis en oscillation. Le plan d’oscillation du pendule s’est mis à décrire un cercle à mesure que l’on tournait de 360 degrés dans l’obscurité du coeur de la montagne. En fait, le pendule oscille toujours droit dans le même plan par rapport à un point fixe sur la terre. C’est le train qui tourne, mais comme on n’a pas l’impression que le train tourne car on tourne avec lui, on observe, de notre point de vue, que le pendule décrit des cercles. C’était saisissant. Je vais certainement réutiliser cet exemple si j’enseigne à nouveau le cours de mécanique supérieure à Polytechnique.

Le trajet panoramique que nous avons pris n’est pas le plus rapide pour franchir le massif montagneux du Saint-Gotthard. Depuis 2016, la chaîne de montagnes est percée d’un tunnel de 57 km de long, le Gotthard basis tunnel (GBT), qui permet au train de voyager le plus horizontalement possible entre Lugano (273 m) et Fluëlen (435 m). À un point, le train se trouve à 2000 m sous la surface de la montagne! Beaucoup de dynamite et deux tunnelières géantes ont permis de creuser cette merveille d’ingénierie. Ce qui est vraiment impressionnant, c’est que lors de la percée ultime, les deux tunnelières se sont rencontrées au milieu du chemin avec une erreur de positionnement de … 33 cm. Un haut fait de métrologie. La construction du GBT a duré 10 ans et coûté 10 milliards de francs suisses; un dépassement de coût d’environ 40% (selon Wikipédia). (Qui sait? Peut-être que M. Trottoir était impliqué là-dedans entre deux contrats de voirie à Montréal?) On peut maintenant traverser le tunnel en 20 minutes en train rapide (> 200 km/h). Pour les marchandises, cela signifie que les ports de Rotterdam et de Gênes sont maintenant reliés pour la première fois par une ligne de transport à haut débit et à bas coût.

La tête de la tunnelière du Saint-Gotthard, exposée au Musée des transports suisses à Lucerne.

Déluge sur le camping

Une fois à Fluëlen, nous avons pris le bateau, mais nous nous sommes arrêtés en chemin afin de rejoindre le camping de Buochs, sur les rives du lac des Quatre-cantons. Le temps était splendide, mais dans cette région montagneuse, il est sujet à des sautes d’humeurs. À peine avons-nous eu le temps d’installer notre tente qu’il commençait à pleuvoir à grosses gouttes. Un petit coup d’oeil à Météomédia (eh oui! ça marche en Suisse aussi)nous apprend qu’on annonce 75-100 mm de pluie sur les prochaines 24 h. Honnêtement, je ne pense pas avoir vu plus de 50 mm au Québec en une journée dans toute ma vie. Chouette! On va pouvoir vivre une nouvelle expérience!

Loin d’être une mousson, la pluie s’est plutôt abattue sur nous de façon modérée et constante pendant environ 18h. La tente n’a pas pris l’eau (ouf!). Pendant ce temps, il fallait bien s’occuper. Nous avons décidé d’aller faire un tour au Musée national des transports suisses, à Lucerne. Tant qu’à tripper trains…

Le musée est en fait un immense domaine sur lequel on célèbre la mobilité en général, du carrosse d’épicerie aux avions militaires, en passant par les chars, les bateaux et bien sûr, les trains, des tortillards de montagne jusqu’aux TGV. Il y a même une section sur la mobilité du futur, qui prend, hélas! bien soin de rester vague afin de ne pas avoir à se renouveler tous les ans…

On vous présente ci-dessous, en vrac, quelques éléments coup de coeur de ce musée. Tout est prévu pour les enfants qui trouvaient quand même le moyen de chialer quand papa passait plus de 30 secondes à lire la vignette d’un vieux train ou d’un sous-marin scientifique…

Une génératrice de type « roue à hamster ».
Je rêve de m’en faire installer une à la maison…

Le soir venu, nous avons passé du temps en famille dans l’immense salon du camping. Nous avons joué à un vieux jeu qui rappellera sûrement des souvenirs à ma mère! Nous avons tellement joué, enfants. Les enfants ont adoré. Certaines choses ne vieillissent simplement pas.

Sagaland

Voilà comment s’achève notre petite virée de 9 jours en Suisse alémanique et dans le Tessin. On retourne dans notre maison vide à Wädenswil. Nos meubles devraient arriver dans environ une semaine. Notre cargo outre-mer aussi. On installe la tente dans la chambre des enfants, le matelas gonflable dans la nôtre. Camping sweet camping!

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