C’est parti ! Les petits sont maintenant entre les mains du système scolaire public suisse à raison de 26h/semaine pour Gaël et de 24h/semaine pour Flavie. La décision a été difficile à prendre, mais nous avons été conseillés par des gens de la place qui nous ont vanté l’excellence du système scolaire suisse et surtout la gratuité! Nos recherches nous avaient indiqué que l‘école internationale française (ou bilingue) coûte plus de 20 000 $ par enfant. Disons que ce fut une décision évidente, mais tout de même déchirante à prendre car on se doutait bien des difficultés par lesquelles les enfants allaient devoir passer en allant à l’école en allemand pour Gaël (2e classe) et en suisse-allemand pour Flavie (Kindergarten 2).
Gaël et son école: Schule Eidmatt
« Maman, j’adore les courgettes que mon professeur nous a fait déguster ! Maman, maman, mon professeur a joué de la guitare, mon professeur attitré est aussi mon professeur de sport, maman, maman, les petits pains chauds pour souligner l’anniversaire d’un collègue de classe étaient délicieux.. meilleurs que les tiens !» Je n’en croyais pas mes oreilles! Qui pouvait bien réussir à faire manger des courgettes à Gaël? Eh oui, celui-là même qui a déjà donné des devoirs de mathématiques au grand bonheur de mon fiston.
L’école est commencée depuis une semaine et
j’oserais dire que c’est le coup de foudre.
Gaël est pressé d’aller à l’école et d’aller voir ses amis.
De son côté, Flavie a eu un petit choc, tout comme moi, avec le suisse-allemand lors de la première journée d’école, mais la beauté des enfants c’est qu’ils se laissent aller et trouvent toujours leur voie. C’est magnifique de les voir aller! Depuis une semaine, j’en ai plus appris sur mes enfants que dans la dernière année. Ils m’émerveillent !
L’horaire des enfants est très semblable, mais dans deux écoles différentes. Gaël, comme tous les enfants suisses, marche seul ou avec ses amis vers l’école à tous les jours. On les appelle les enfants-clé puisqu’il est tout de même plus sage de leur laisser une clé de la maison.. au cas où maman s’attarderait au lac. Même Flavie s’est vu remettre un dossard fluorescent pour qu’elle soit bien visible dans la rue. Le message est clair: » Dès que tu seras prête, tu iras seule à l’école! » Il faut savoir que la courtoisie et la prudence sont de mise dans les rues de Zurich. Pour les Québécois que nous sommes, c’est beau à voir !
Autres différences avec le Québec : les enfants laissent leurs chaussures d’extérieur à l’entrée de la classe pour enfiler des « Finken ». Aussi, on n’achète pas de matériel scolaire aux enfants, tout est offert par l’école. On nous a seulement demandé d’avoir un taille-crayon, question de mieux gérer la circulation en classe !
Flavie et ses amis se sont mérité une école toute neuve !
Maternelle Meierhof. Bâtiment Minergie (très faible consommation d’énergie et plus grande part possible d’énergie renouvelable et priorité au confort (enveloppe de bâtiment haute qualité et le renouvellement d’air systématique)Intérieur
Aussi, à tous les jours, nous avons de belles surprises. Gaël : «Aujourd’hui, une dame est venue me chercher en classe pour m’accompagner dans mon parcours et m’aider avec l’allemand. » « Et moi, aussi ! » de rajouter Flavie. La beauté de la chose c’est que cette aide revient plusieurs fois par semaine. Quel service !
Aujourd’hui, Gaël est au Hallenbad (piscine intérieure et bains) avec sa classe et Flavie me demande de ne pas l’attendre à la sortie du Kindergarten car elle marchera seule jusqu’à la maison. Incroyable, non?
– Chéri, en fin de semaine je te propose d’aller voir Mulhouse.
– Qui? L’ami de Bart Simpson?
– Mais non, la ville française tout à côté de Bâle. Ça a l’air chouette.
– Pourquoi pas, il parait qu’il y a un bon steakhouse à Mulhouse.
– Arrête de niaiser…
Quelques préparatifs et deux heures de train plus tard, nous arrivons à la gare Centrale de Mulhouse. La voix enregistrée du train nous apprend qu’il faut prononcer « Mulhouse » comme « pelouse » et non à l’allemande (Mühlhaus = maison du moulin). En plus d’être poches, mes jeux de mots ne marchaient même pas. J’aurais dû y penser.
Premier objectif, aller se procurer le « Pass-Mulhouse » qui donne accès à plusieurs musées et au transport gratuit. Je me présente au comptoir de la SNCF. Bulle au cerveau, je demande le « Pass-Alsace ». À mon grand malheur, celui-ci existait à la SNCF et ainsi commence un quiproquo qui ne me mettra pas trop trop en valeur…
Ignorant tout encore de mon erreur, au moment de payer, je me rends compte que mon portefeuille est dans mon imper rangé dans le fond de mon sac. Je vais chercher Sophie pour qu’elle paye à ma place. La préposée attend, tout sourire, même si je fais attendre tout le monde. Elle me remet finalement ma passe et me souhaite une bonne journée.
À peine achetée, je retourne voir Sophie pour me rendre compte que ce n’est pas la bonne passe. Je viens d’acheter, pour 40 euros, une passe de train pour voyager en famille partout en Alsace aujourd’hui même. Le problème, c’est que ça fait 30 min que j’ai débarqué du train et que nous n’avons nullement besoin de ce « pass ». (Pourquoi n’utilisent-ils pas leur belle langue pour dire « passe » ou « laissez-passer », je n’en ai aucune idée…) En regardant bien le billet, je remarque aussi la grosse inscription au milieu « Non remboursable, ni échangeable… ».
J’essaie de retourner immédiatement voir la préposée. On me remet gentiment à l’ordre en me rappelant que d’autres attendent patiemment leur tour. Je refais 20 min de queue pour enfin la revoir. Je lui fais mon plus beau sourire sachant que je pars avec deux prises.
– Vous allez me trouver bien étourdi, Madame, mais je me suis trompé de nom. Je cherchais le « Pass-Mulhouse » (Que je prononce bien comme « pelouse » maintenant). Quel quiproquo, n’est-ce pas?
– Je suis désolée, Monsieur, mais ce billet n’est pas échangeable, mais je vais tout de même aller voir ma patronne pour voir si ce serait possible de faire une exception. (Elle part 2 min). C’est bon, on va vous l’échanger.
Elle m’imprime un autre billet qui est une passe de train uniquement pour la ville de Mulhouse.
– Merci, Madame. Est-ce que vous pouvez m’expliquer à quels musées nous avons accès gratuitement avec ce « pass »?
– Musées? Mais, Monsieur, c’est un billet de train, vous êtes à la SNCF.
– Oui, je sais. Mais je me disais que peut-être que vos passes donnaient accès à des rabais pour les musées (Comme en Suisse d’ailleurs…). Attendez… c’est bien le « Pass-Mulhouse »?
Là, j’ai senti que la commis changeait de registre…
– Non Monsieur, et je n’ai aucune idée de ce qu’est ce pass. Adressez-vous à l’information touristique. Je vais encore aller voir si je peux vous rembourser le billet. Elle part 2 min puis… C’est d’accord pour vous rembourser, mais c’est vraiment une exception parce qu’il est écrit sur le billet « NON REMBOURSABLE, NON ÉCHANGEABLE ».
Pendant qu’elle me rembourse, je me rends compte que ça va prendre la carte de crédit de Sophie. Pour en rajouter, Flavie fait une crise de fille fatiguée dans un coin de la salle. Je cours la voir.
– MONSIEUR, JE SUIS EN TRAIN DE VOUS REMBOURSER!
Ayoye! Sophie a pris le remboursement et a demandé où était l’information touristique. Pas de réponse. Nous nous sommes enfuis de cet endroit en se disant que ce n’était pas la fois où j’ai mis le Québec le plus en valeur aux yeux des Français…
Nous marchons 1 km de la gare à l’information touristique. Flavie est toujours de mauvaise humeur et fait de l’attitude. Le temps passe lentement.
Flavie… en réflexion devant le Monument France-Libre, place du Général-de-Gaulle, à Mulhouse.
La personne à l’information touristique était charmante et nous a confirmé que le « Pass-Mulhouse », que j’avais déjà baptisé en mon fort intérieur le laissez-passer A38, existait bel et bien. Nous repartons visiter la ville ragaillardis.
La cité de l’automobile de Mulhouse
Une des attractions incontournables de Mulhouse est sa « Cité de l’automobile », le plus grand musée consacré à la voiture du monde. Cette région de France était connue dès le début des années 1900, comme le berceau de l’automobile. C’est aussi là que le célèbre Ettore Bugatti a démarré sa fabrique de… Bugatti, qui est en fait une marque de voiture sport française et non italienne. (J’ai l’air bien érudit comme ça, mais j’ai tout appris ça au musée. Ma culture automobile est plutôt mince autrement… ).
Cette collection a commencé dans les années 1920. Les frères Hans et Fritz Schlumpf, Suisses de naissance, ont fait fortune dans l’industrie textile dans la région de Mulhouse. Fritz était un véritable maniaque d’automobiles et en a acquis plusieurs centaines au courant de sa vie, dont une quantité phénoménale de marque Bugatti, la voiture de luxe emblématique de la région. Le musée se situe sur le site d’une de ses usines de textile qu’il a reconvertie lui-même en salle de montre. La collection, compte environ 700 automobiles, dont plus de 500 peuvent être observées lors de la visite. (Imaginez un genre de H Grégoire qui aurait des autos de 1885 à 2019, mais qui ne sont pas à vendre et qui sont situés dans un décor enchanteur). 90% des voitures présentes proviennent de la collection Schlumpf. Incroyable!
Les plus vieilles sont particulièrement intrigantes. En 1890, les voitures étaient à vapeur et avaient une puissance utile d’environ 2 c.v., soit environ ce qui est fourni par une prise électrique domestique. En visitant le musée, on voit clairement l’évolution des voitures à travers les bonds technologiques qui ont été faits. Le volant, le pare-brise, le moteur à essence, le turbo, etc. Saviez-vous qu’avant l’invention de l’essuie glace et l’application de lave-glace, on recommandait de frotter un oignon cru sur la vitre pour enlever le givre? Et pour la buée, c’était une pomme de terre coupée en deux que l’on frottait. (Ça ne s’invente pas.)
Des pilotes faisant un essai routier
Somme toute, ce qui reste le plus impressionnant, pour un non-expert en voiture, c’est la collection de voitures de luxe: Porche, Ferrari, Rolls Royce, Formule 1 et surtout les Bugatti qui sont omniprésentes. On y trouve le plus récent modèle de la compagnie, la Bugatti Chiron (ci-dessous). Cette deux portes, dotée d’un moteur W16 (deux V8 un à côté de l’autre) de 7L et 1500 chevaux, est la voiture de route la plus puissante disponible actuellement. Elle fait le 0 à 100 km/h en 2,4 secondes. Son moteur est tellement puissant que les constructeurs étaient conscients qu’elle pouvait peut-être poser des dangers à la circulation. Aussi, ont-ils jugé sage de limiter sa vitesse à … 420 km/h. (Imaginez! Ça doit tellement être frustrant pour le propriétaire…) D’ailleurs, c’est la voiture qui fait le 0-420-0 km/h en moins de temps, soit 42 secondes. Elle a donc de méchants freins aussi, ce qui va de soi, il me semble, quand on peut rouler à cette vitesse… Pour les intéressés, le modèle de base se vend 3M$, mais une édition spéciale de la voiture, limitée à un seul exemplaire et appelée « La voiture noire », s’est vendue à 19M$.
La Bugatti Chiron (2016). Un W16 de 7L atteignant 420 km/h. (Notre photo)
Camping Mulhouse
De retour à la dure réalité de la classe moyenne, nous prenons le chemin de notre camping en tramway. Sophie a dégoté au camping de Mulhouse de jolies petites cabanes estivales pour bien moins cher qu’un plein d’essence de Bugatti Chiron. La nôtre, peinte en mauve, fait le bonheur absolu de notre Flavie, dont c’est la couleur préférée.
Les installations sont vraiment chouettes et, pour les 44 euros que nous avons payés, accotent facilement les chalets compacts de la Sépaq au double du prix. En arrivant, nous nous rendons compte que notre pot de miel, qui devait servir au déjeuner, s’est entièrement vidé dans mon sac, entre mes vêtements, les maillots de bain des enfants et notre lunch. Nous nous sommes fait de nombreuses amies qui piquent durant l’heure que ça a pris pour dégommer tout ça. Les guêpes nous aimaient un peu trop. Ça devenait dangereux.
Flavie dans son petit chalet mauve…
En après-midi, nous avons fait notre première partie de mini-putt européen. Gaël et moi avons tous les deux joué 59 sur un 18 trous. Ça devait sûrement être un par 4…
En soirée, nous sommes allés visiter la vieille ville. En son centre, la Place de la Réunion. Il s’agit de l’édifice protestant le plus haut de France.
Le temple Saint-Étienne, la seule Église protestante trônant sur une place centrale en France. Magnifique!
Nous terminons notre périple dans un petit resto du coin servant des plats typiquement alsaciens. Sophie a commandé une flammeküche (littéralement « tarte flambée »), la pizza crème et lardons qui est de plus en plus populaire à Montréal dans les brasseries et les pubs. J’ai mangé des « knepfle », genre de pâtes alsaciennes faites avec uniquement de la farine et de l’eau. Et pourtant, c’était vachement bon. Dire qu’avec cette même recette, ma grand-mère Mamie faisait de la colle à papier mâché. Comme quoi il n’y a pas juste les ingrédients qui comptent, le savoir-faire aussi.
Le lendemain, nous sommes allés à l’épicerie (rappelez-vous, plus on achète, plus on économise). Partis avec 10 kg de bagages sur le dos, nous sommes revenus avec un bon 30 kg! Encore des boîtes de thon et des tortillas, mais aussi quelques bouteilles de Gewürtzstraminer que nous dégusterons dans les prochaines semaines. Vive la France!
Retour à la maison avec escale au bord du lac des Quatre-Cantons
Avant d’arriver à la maison, nous arrêtons à Weggis, au Lac des Quatre-Cantons, pour passer du temps avec mon collègue Marcel, son fils Nicolas et ses parents. C’est un endroit simplement magique. Nous passons l’après-midi au Lido Weggis, la plage locale pour ensuite aller souper dans leur magnifique maison à flanc de montagne. Encore une belle soirée où nous goûtons à l’hospitalité suisse allemande.
Vue sur le Bürgenstock, station de luxe (tout en haut de la montagne), en face de Weggis. Vue typiquement suisse du balcon de nos amis à Weggis avec une touche québécoise (ou plutôt deux) dans la photo .
En fin de semaine, nous sommes un peu fatigués et nous décidons de ne faire qu’une sortie d’un jour. Nous optons pour le nord de la Suisse afin de connaître la région du Haut-Rhin. Ce fleuve emblématique de l’Europe centrale, long de 1230 km, naît d’ailleurs en Suisse, dans les Grisons. En s’écoulant, il forme tour à tour la frontière entre la Suisse et le Liechtenstein, la Suisse et l’Autriche, la Suisse et l’Allemagne, l’Allemagne et la France pour terminer sa course à Rotterdam, aux Pays-Bas. Les rivières d’Europe sont souvent petites vu la taille du vieux continent. Mais le Rhin en impose. Si ce fleuve coulait au Québec, ce serait son plus long cours d’eau (à part le Saint-Laurent). Son débit le placerait entre la rivière des Outaouais et le Saint-Maurice. On peut le remonter en bateau sur 870 km, jusqu’à Bâle, en Suisse et même un peu plus loin, jusqu’au premier obstacle majeur…
… les chutes du Rhin.
C’est d’ailleurs un de nos objectifs de ce beau samedi d’août que d’aller voir les célèbres Rheinfall, à Schaffhouse, au nord de la Suisse. Le spectacle est grandiose. Plutôt qu’une chute franche comme le Niagara, les chutes du Rhin sont plutôt comme une immense cascade (un gros seuil IV de 23 m pour mes amis canoteurs), terminant un rapide qui, n’eut été des conséquences d’un arrêt contre-courant raté, serait tout à fait canotable (RII). En plein centre de celle-ci, on trouve en prime… le Rocher Percé! Deux gros rochers émergent des eaux, dont l’un d’eux percé d’un trou par des milliers d’années de frottement persistant. Sur l’un des côtés de la chute, l’érosion a formé une paroi étonnante.
Les Chutes du Rhin vues du petit pont en amont. (Pour les canoteurs, la « chicken pass » est à droite…)
Un tel site, avec son accès privilégié pour contrôler le transport maritime, n’est pas passé inaperçu au Moyen-Âge. Le château de Laufen (Laufen Schloss) domine le site et offre une vue imprenable sur les environs.
Les chutes vues du Château de Laufen. On voit bien le trou dans la pierre au centre et le petit bateau touristique pris dans le contre-courant, en bas.Le château de Laufen, sur la falaise…Rodéo au château de Laufen
La ville de Constance, en Allemagne
Après s’être bien rincé l’oeil dans les chutes du Rhin, nous décidons de faire une heure de train supplémentaire pour aller visiter la ville de Constance, en Allemagne. Cette ville, au bord de l’immense lac du même nom est, depuis des siècles, une station balnéaire de prestige pour les Allemands, les Autrichiens et les Suisses qui se partagent ses rives bucoliques. Le train qui nous y emmène à de quoi réjouir la famille: on y trouve… un wagon pour enfants avec des modules de jeux intégrés!!! Les trains suisses ne finissent plus de nous étonner.
On passe un moment, trop court à l’avis de mes enfants, dans ce train avant d’arriver à la gare Suisse de Constance. Cette dernière étant une ville frontalière, il y a une gare pour les trains qui relient la Suisse et une autre pour les trains qui relient l’Allemagne du nord.
Dès notre sortie de la gare, nous traversons un tunnel où des musiciens nous offrent un spectacle de rue. Il fait beau, il y a plein de gens. Nous sommes séduits pas l’ambiance vibrante qui contraste avec le calme méditatif typique de la Suisse. Et pourtant, nous n’avons fait que traverser la rivière!
Après avoir déambulé dans ses rues, nous pouvons dire sans détour que Constance est une ville absolument séduisante. D’abord, son lac est immense et d’un vert Caraïbes étonnant. Son port est animé, un peu comme l’est celui de Montréal en été. (Je n’ose pas dire le Vieux-Port de Montréal, car celui de Constance existe depuis le 13e siècle). Ses vieilles rues sont remplies de boutiques alléchantes: poissonneries, boucheries, boulangeries et le tout, pour la première fois de notre voyage, à des prix raisonnables (un peu plus élevés qu’à la maison, mais pas le double ou le triple).
Le lac de Constance (Bodensee en allemand)Une des rues du Vieux-Constance, près du port.
Après quelques heures de promenade, nous voyons une épicerie. Nous décidons d’aller y faire un tour. Nous en ressortons avec environ 20 kg de souvenirs: des boites de thon, des tortillas, du beurre d’arachide, des pots de yogourt d’un litre (enfin un format américain!) et même un balai. Le tout à moins de la moitié du prix pour ces mêmes articles à Zurich. Qui plus est, n’étant pas du pays, on est éligible à un remboursement de taxes de… 20%! On vient de financer notre voyage d’un coup et ainsi, comprendre pourquoi des milliers de Suisses vont faire leur épicerie à l’étranger à chaque semaine. Comme disait je ne me souviens plus quel philosophe allemand: » Plus t’achètes, plus t’économises ».
Croisière sur le Rhin
Pris dans la folie du magasinage, nous n’avons pas vu le temps passer. Subitement, nous étions en retard pour prendre notre bateau car, de tous les moyens de transport possibles pour retourner à Schaffhouse, nous avons choisi le plus lent, mais le plus poétique.
Nous arrivons à la course au bateau… que nous ratons de 10 secondes!! Devant nos airs dépités, les agents de bord prennent le temps de remettre la passerelle pour nous accueillir, retardant le départ de quelques minutes. Ça peut paraître anodin, mais on est en Suisse! (Ils ne veulent pas passer dans le journal le lendemain! Voir notre article sur les trains suisses.)
On s’assoit, essoufflés. On a soif. Très soif. Et nous sommes sans eau puisque nous avons oublié d’en acheter à l’épicerie (à 0,4 euros le litre). Je vais demander une bouteille à la serveuse du bateau. 500 mL. Je l’ai payée… 5 francs (7$). Voilà qui venait d’annuler les économies d’au moins quatre boites de thon que j’aurai à transporter sur mon dos jusqu’à la maison… Rebienvenue en Suisse!
Entre Constance et Schaffhouse, le Rhin a à peu près la largeur de la rivière Richelieu. La végétation qui l’entoure est aussi assez ressemblante. Des forêts de feuillus et des pelouses verdoyantes la bordent des deux côtés. Toutefois, une chose diffère grandement: le courant. À l’oeil, je dirais qu’on est autour de 5 ou 6 noeuds (10-12 km/h). À quelques endroits, de petites eaux vives se forment en plein milieu. Ça déboule!
Vue sur le Rhin de notre bateau, identique à celui sur la photo.
Nous apprécions le cadre champêtre et l’architecture allemande du côté nord et suisse du côté sud. Le bateau arrête pour prendre des passagers dans de nombreux villages, dont Steckborn et Stein Am Rhein, qu’on pourrait traduire littéralement par… Pierre sur le Rhin. Ayoye!
Steckborn, sur les bords du Rhin, côté SuisseStein Am Rhein, aussi côté Suisse
Nous croisons de nombreux baigneurs profitant de la rivière un peu partout. À un point, trois gars nous font un spectacle en nous montrant leurs fesses. Ils faisaient semblant de ne pas se rendre compte que le bateau était là. Tout le monde à bord s’est mis à siffler et à rire. Les gens sont relaxes…
À un certain moment, à l’approche d’un pont, une alarme retentit. « Achtung! Achtung! ». C’est le toit du navire qui s’abaisse jusqu’à ce que les passagers ne puissent plus se lever de leurs sièges. La cabine du capitaine, elle aussi, commence à se recroqueviller sur elle-même et disparaît progressivement, laissant le capitaine à découvert, sa tête au point le plus haut du navire.
Wow! Notre bateau est un « Transformers »! Rapidement, nous comprenons que cette manoeuvre sert à traverser le vieux pont devant nous, dont les arches sont beaucoup trop basses pour laisser passer un tel navire. La méthode est surprenante d’ingéniosité et constitue en soi une attraction touristique de plus dans cette croisière.
Stein Am Rhein (encore!) avec cette fois-ci une vue sur le pont couvert que notre navire doit traverser.
Schaffhouse
Après 4h de bateau, nous terminons notre périple de Constance à Schaffhouse. Il en aurait fallu moins d’une heure pour les joindre en train. La ville de Schaffhouse, dont le nom est une déformation de schiff (bateau) et hausen (maison), était jadis un gros stationnement de navires qui devaient forcément s’y arrêter à cause des chutes en contrebas. La partie médiévale de la ville est superbe. Avant de reprendre le train pour la maison, nous faisons un détour par ses vieilles rues empierrées flanquées de maisons hautes en rangée. Comme dans tous les villages et villes de Suisse que nous avons visités jusqu’à maintenant (sans exception), il y a des fontaines d’eau potable. Celle de Schaffhouse est particulièrement jolie, avec sa statue de Guillaume Tell qui donne le goût, avec une gang de chums, de se partir un pays…
Traverse du lac des Quatre-Cantons. Le beau temps avant la pluie.
Pour la dernière étape de nos petites vacances de repérage en Suisse, nous mettons le cap sur le coeur du pays, la région du lac des Quatre-Cantons. (Vierwaldstättersee en allemand. Essayez de prononcer ça sans rire…) Comme le nom le dit, le lac est bordé des cantons de Schwytz, Nidwald, Uri et Lucerne. C’est sur ses bords, qu’en 1291, sur la plaine de Rütli, que les trois premiers cantons ont juré une alliance pour lutter contre l’oppression des Habsbourg, et ainsi jeté, sans le savoir, les bases de la Suisse actuelle. (Suisse vient du nom du canton fondateur de Schwytz). C’est aussi le long des berges escarpées de ce lac qu’a vécu Guillaume Tell. Selon la légende (et surtout selon Wikipédia), il aurait assassiné un bailli des Habsbourg d’un trait de son arbalète et ainsi galvanisé la rébellion contre la tyrannie aristocrate de l’époque. Avant cela, celui-ci l’aurait arrêté et condamné à décocher un trait sur une pomme placée sur la tête de son fils. C’est cette dernière partie que ma mère me racontait, enfant.
Pour se rendre au lac, nous prenons un autre train mythique, le Gotthard Panorama Express. Cette ligne va de Lugano à Fluëlen en train panoramique, puis de Fluëlen à Lucerne, en bateau à aube. Par nombre de tunnels et de montées spectaculaires, le train franchit la passe du Saint-Gotthard, qui était au Moyen-Âge la passe de montagne qui séparait l’Europe du nord de l’Europe du sud. La voie ferrée emploie notamment deux tunnels hélicoïdaux qui font grimper le train à l’intérieur de la montagne avant d’en ressortir plus haut sur le versant d’une montagne. Comme il n’y avait plus de billets disponibles en seconde classe pour ce train, nous avons dû nous contenter de voyager en première classe. Notre agent de bord, un type à l’entregent très développé, nous a fait une démonstration éloquente de la rotation du train à l’aide d’un pendule de Foucault. Il a suspendu un couteau suisse par un fil au plafond du wagon puis l’a mis en oscillation. Le plan d’oscillation du pendule s’est mis à décrire un cercle à mesure que l’on tournait de 360 degrés dans l’obscurité du coeur de la montagne. En fait, le pendule oscille toujours droit dans le même plan par rapport à un point fixe sur la terre. C’est le train qui tourne, mais comme on n’a pas l’impression que le train tourne car on tourne avec lui, on observe, de notre point de vue, que le pendule décrit des cercles. C’était saisissant. Une démonstration de prof. de physique bien réussie. Je vais certainement réutiliser cet exemple si j’enseigne à nouveau le cours de mécanique supérieure à Polytechnique.
Le trajet panoramique que nous avons pris n’est pas le plus rapide pour franchir le massif montagneux du Saint-Gotthard. Depuis 2016, la chaîne de montagnes est percée d’un tunnel de 57 km de long, le Gotthard basis tunnel (GBT), qui permet au train de voyager le plus horizontalement possible entre Lugano (273 m) et Fluëlen (435 m). À un point, le train se trouve à 2000 m sous la surface de la montagne! Beaucoup de dynamite et deux tunnelières géantes ont permis de creuser cette merveille d’ingénierie et le plus long tunnel au monde (deux fois celui sous la Manche). Ce qui est vraiment impressionnant, c’est que lors de la percée ultime, les deux tunnelières se sont rencontrées au milieu du chemin avec une erreur de positionnement de … 33 cm. Un haut fait de métrologie. La construction du GBT a duré 10 ans et coûté 10 milliards de francs suisses; un dépassement de coût d’environ 40% (selon Wikipédia). Qui sait? Peut-être que M. Trottoir était impliqué là-dedans entre deux contrats de voirie à Montréal? On peut maintenant traverser le tunnel en 20 minutes en train rapide (> 200 km/h). Pour les marchandises, cela signifie que les ports de Rotterdam et de Gênes sont maintenant reliés pour la première fois par une ligne de transport à haut débit et à bas coût.
La tête de la tunnelière du Saint-Gotthard, exposée au Musée des transports suisses à Lucerne.
Déluge sur le camping
Une fois à Fluëlen, nous avons pris le bateau, mais nous nous sommes arrêtés en chemin afin de rejoindre le camping de Buochs, sur les rives du lac des Quatre-cantons. Le temps était splendide, mais dans cette région montagneuse, il est sujet à des sautes d’humeur. À peine avons-nous eu le temps d’installer notre tente qu’il commençait à pleuvoir à grosses gouttes. Un petit coup d’oeil à Météomédia (eh oui! ça marche en Suisse aussi) nous apprend qu’on annonce 75-100 mm de pluie sur les prochaines 24 h. Honnêtement, je ne pense pas avoir vu plus de 50 mm au Québec en une journée dans toute ma vie. Chouette! On va pouvoir vivre une nouvelle expérience!
Loin d’être une mousson, la pluie s’est plutôt abattue sur nous de façon modérée et constante pendant environ 18h. La tente n’a pas pris l’eau (ouf!). Pendant ce temps, il fallait bien s’occuper. Nous avons décidé d’aller faire un tour au Musée national des transports suisses à Lucerne. Tant qu’à tripper trains…
Le musée est en fait un immense domaine sur lequel on célèbre la mobilité en général, du carrosse d’épicerie aux avions militaires, en passant par les chars, les bateaux et bien sûr, les trains, des tortillards de montagne jusqu’aux TGV. Il y a même une section sur la mobilité du futur, qui prend, hélas! bien soin de rester vague afin de ne pas avoir à se renouveler tous les ans…
On vous présente ci-dessous, en vrac, quelques éléments coup de coeur de ce musée. Tout est prévu pour les enfants qui trouvaient quand même le moyen de chialer quand papa passait plus de 30 secondes à lire la vignette d’un vieux train ou d’un sous-marin scientifique…
Une génératrice de type « roue à hamster ». Je rêve de m’en faire installer une à la maison…
Le musée à une collection de bagnoles à faire rêver même un gars comme moi qui n’a aucun intérêt pour les bagnoles. Le tout dans un stationnement vertical. On peut, à l’aide d’un logiciel interactif de groupe, faire descendre une voiture et l’observer, de la Ford modèle T à la Formule 1.
Le soir venu, nous avons passé du temps en famille dans l’immense salon du camping. Nous avons joué à un vieux jeu qui rappellera sûrement des souvenirs à ma mère! Nous avons tellement joué, enfants. Les enfants ont adoré. Certaines choses ne vieillissent simplement pas.
Sagaland
Voilà comment s’achève notre petite virée de 9 jours en Suisse alémanique et dans le Tessin. On retourne dans notre maison vide à Wädenswil. Nos meubles Ikéa devraient arriver dans environ une semaine. Notre cargo outre-mer aussi. On installe la tente dans la chambre des enfants, le matelas gonflable dans la nôtre. Camping sweet camping!
Après notre expérience à Poschiavo, nous avons eu davantage envie de goûter à la dolce vita à la mode tessinoise. Le Tessin est la région de la Suisse qui doit son nom à la rivière Ticino, affluent du Pô, qui se jette dans l’Adriatique. C’est une région italophone réputée pour sa nourriture, son climat chaud quasi méditerranéen et où on trouverait, paraît-il, les Suisses les moins ponctuels de Suisse… Voilà qui nous plaît à nous, Latins du nord de l’Amérique. Pour s’y rendre, nous prenons le Bernina Express jusqu’à son terminus, la petite ville de Tirano en Italie du nord. Notre premier contact avec l’Italie est plutôt positif. Les « gelati » sont exceptionnels, les toilettes plutôt ordinaires quand on vient de la Suisse et il y a vraiment beaucoup de monde: des vendeurs ambulants, quelques mendiants (après trois semaines, je n’en ai toujours pas vu un en Suisse), et des restos partout. Un autobus touristique gratuit nous emmène faire un tour de ville. Nous sommes seuls à bord avec le chauffeur qui est très courtois, mais ne dit pas un mot. On revient à notre point de départ après le tour en se disant qu’on n’avait peut-être pas bien compris le concept… Je vais ensuite visiter une petite boutique de vins afin de me dégoter un apéro pour la soirée. Le propriétaire ne parle pas un mot d’anglais ni de français. Ô stupeur! Je comprends assez bien son italien. Portant déjà 25 kg de bagage dans mon immense sac de portage (le lot des campeurs en train), je cherche un petit blanc à déguster bien frais en soirée et non pas à me procurer une caisse de Nebbiolo, le succulent vin local. Le type me dit que ces blancs, de vulgaires Chardonnays à 7 euros, ne valent pas la peine. N’ayant pas envie de me payer une bouteille à 20 euros que je risque de briser en chemin, j’insiste pour prendre le Chardonnay. Le type semblait bien déçu, mais après discussion sur le fait que nous étions Canadiens et non Suisses, il me dit « Je te l’offre! ». Wow! Quel sens de l’hospitalité!
Notre seule photo de Tirano. La caméra était rangée loin…
Quelques minutes plus tard, nous entreprenions la dernière portion du Bernina Express, qui se fait par autobus à travers les montagnes du nord de l’Italie. Nous passons à travers la campagne où de nombreux vignobles s’étalent sur les coteaux, nous longeons le Lac de Côme, le Memphrémagog des Milanais (ou devrais-je plutôt dire que le Memphrémagog est le lac de Côme des Québécois). James Bond (Daniel Craig) s’y est reposé avec sa Bond Girl (Eva Green) dans une scène de Casino Royale (et où il est d’ailleurs visité par un banquier suisse plutôt caricatural), pour finalement arriver sur les contreforts du lac de Lugano. Plus petit que le lac de Zurich (50 km^2), ce lac est un petit bijou enchâssé dans les montagnes. Un immense pic escarpé se jetant dans le lac tout près de la ville ressemble beaucoup au « pain de sucre » de Rio de Janeiro. Il y a des palmiers partout. On se croirait sur le bord de la Méditerranée et pourtant, on est à la latitude de Mont-Tremblant, environ. La ville de Lugano est petite (60 000 habitants) et vraiment charmante, construite tout en étages sur le bord du lac avec des funiculaires permettant de passer du « bas de la ville » jusqu’au sommet des pics environnants. Une fois installés à notre camping, nous nous payons notre premier repas au restaurant depuis notre arrivée en Suisse. Nous allons au « Grotto Reina », une trattoria recommandée par des locaux et qui sert des plats tessinois. Pizza au prosciutto pour Sophie. Je commande des pâtes aux fruits de mer. C’est servi dans un immense bol en terre cuite recouvert d’une pâte à pizza et chauffé à bloc au four à pizza. Le bol prend environ une demi-heure à atteindre une température où l’ingestion est possible, mais l’attente aura valu la peine. C’était absolument délicieux et vraiment copieux! Je retourne au camping en me faisant rouler dans la rue par mes enfants.
Oui, je suis le genre de gars qui prend ses plats en photo au resto… En fait, je suis le genre de gars qui ne s’assume pas et qui prend une photo de sa blonde pour pouvoir photographier subrepticement son assiette…
Le lendemain, nous prenons le funiculaire de Monte Brè pour arriver en haut d’une montagne escarpée. Il fait très chaud (35 C). Nous poursuivons notre route encore 20 minutes pour arriver au village de Brè, niché au coeur des montagnes.
Les enfants jouent, les parents admirent le paysage.
Descente vers le village de Brè.
Nous effectuons ensuite une petite randonnée pédestre de 1h30 pour redescendre à pied de la montagne vers le village de pêcheurs de Gandria. C’est absolument magnifique! Des maisons de pierres empilées les unes sur les autres et reliées par des allées étroites. Un accès au lac très intime et un silence total dans les lieux.
Nous décidons de revenir à Lugano par bateau afin de voir la côte d’un autre point de vue. Le bateau fait un arrêt tout juste à côté du Lido Lugano, une plage municipale aménagée avec tous les services: vestiaires, jeux, restos. On passe le reste de l’après-midi dans l’eau à relaxer. Demain, nous irons faire un tour à Lucerne et au Lac des Quatre-Cantons.
Prochaine escale sur le Bernina Express, la vallée de Poschiavo. Pour y accéder on quitte St-Moritz et, moins d’une demi-heure de train plus tard, on passe le col de la Bernina, à plus de 2000 m d’altitude. S’ensuit une descente vertigineuse à flanc de montagne d’où se dégage une vue splendide sur une vallée verdoyante. Le village de Poschiavo se situe tout en bas, à 1000 m d’altitude. Nous nous installons dans un camping familial très sympa et franchement moins cher qu’à St-Moritz, le camping Boomerang (Ça doit être parce que les clients satisfaits reviennent…). Tout le monde parle italien. Ça fait drôle, quand on sait qu’à 50 km de là, tout le monde parlait allemand ou romanche.
Nous plantons notre tente sous un châtaignier. Une belle aire de cuisine extérieure avec comptoir de granit naturel et foyer au bois nous attend pour le souper. Nous y faisons la connaissance de Christian et Suzanne, deux Suisses allemands de Berne en vacances « dans le sud » avec leur fille de 18 mois, Florina. Ils sont très sympas. Christian, un entomologiste spécialisé en grillons et sauterelles, me fait penser à mon ami Mario Comtois, pour ceux qui le connaissent. Débrouillard et passionné, j’ai appris le lendemain qu’il avait emprunté un vélo pour faire 20 km aller-retour cette nuit-là pour capturer une sorte de sauterelle sans ailes qui ne se trouve que dans le Val Poschiavo en Suisse. Il me l’a montrée au matin. Ça avait l’air… d’une sauterelle. (C’est beau la surspécialisation. 😉
Nous avons démarré notre première journée en allant acheter le pain au boulanger ambulant qui visite le camping de 7h à 9h. Petit déjeuner englouti, nous démarrons notre exploration de cette vallée en allant visiter les marmites glaciaires de Cavaglia. Des puits circulaires creusés dans la roche mère par les vortex créés dans la couche aqueuse sous les glaciers en déplacement. Certains ont plus de 10 mètres de profondeur. La visite prend quelques heures et est super pour les enfants. Ceux-ci collectionnent des timbres et reçoivent un cadeau (comme au Vadret da Morteratsch, près de St-Moritz). En redescendant, nous avons vu plusieurs cyclistes de montagne descendre le sentier près de nous. En fait, ces cyclistes profitent du train pour monter près de 1000 m dans les montagnes puis passent la journée à redescendre. Astucieux! Ça avait l’air drôlement plaisant en tout cas.
En après-midi, nous avons pris le temps de visiter le village de Poschiavo. C’était un mercredi et jour de marché. Le centre était plein de petites boutiques. Nous avons acheté des fromages de chèvres vieillis d’une marchande italienne. Un régal. Nous avons aussi fait une chasse au trésor avec les enfants, telle que proposée par le bureau du tourisme local. Nous devions parcourir la ville à la recherche de monuments où d’images à caractère historique. Lorsqu’on les trouvait, on pouvait les associer à une lettre sur une grille et former un mot. Flavie et Gaël ont reçu leur cadeau après avoir trouvé le mot de passe. Un beau yoyo en bois. Ils étaient très fiers, surtout Flavie.
En soirée, on retourne au Camping Boomerang et on se fait une bonne bouffe sur la braise avec Christian et Suzanne: 8 saucisses, deux poitrines de poulet, et 2 « cordons bleus » (des escalopes de porc panées farcies au prosciutto). Pour vous donner une idée des prix de la viande en Suisse, on a payé ça 50 CHF (~ 67 $) dans une boucherie artisanale. C’était excellent, au moins.
Voilà 5 jours que nous sommes arrivés en Suisse*. Nous avons pris possession de notre appartement, obtenu une passe de train, installé l’Internet, ouvert un compte de banque. Ensuite, nous nous sommes enregistrés à l’arrondissement comme nouveaux résidents et nous avons acheté des vélos pour toute la famille (les enfants ne s’en pouvaient plus) et des accessoires en ligne chez IKÉA. Nous avons reçu plusieurs beaux accessoires domestiques (chaises, matelas, télé, tables, machine à café, aspirateur, Légos, etc.) de Yuksel et Emmanuel, mes collègues chez IBM. Nous commençons à nous sentir chez nous.
Il me reste 10 jours avant le début de mon travail chez IBM et nous aimerions en profiter pour aller faire un peu de repérage en Suisse. Mais où aller? Tout est nouveau et intéressant. Nous avons notre équipement de camping (c’est à peu près tout ce qu’on a apporté). Nous sommes aussi fascinés par la description des lignes de train inscrites au Patrimoine de l’Unesco, les fameux trains rhétiques. Il y a trois de ces lignes en Suisse. La première est le Bernina Express qui part de Coire au Nord des Grisons pour se rendre jusqu’à Tirano en Italie, en passant par de magnifiques vallées dont celle de l’Engadine où se trouve Saint-Moritz. La seconde est le Gotthard panorama express, une ligne nord-sud qui relie Lugano, dans le Tessin (la Suisse italophone) et Lucerne, dans la Suisse centrale. Finalement, il y a le Glacier express, le train qui relie les deux plus célèbres stations de ski de Suisse, Zermatt et Saint-Moritz.
Comme on rêve d’aller skier au moins une fois dans ces deux montagnes mythiques, on se réserve le Glacier express pour l’hiver. En bons Montréalais habitués de faire 4h de route pour aller à la Malbaie une fin de semaine, on décide d’organiser notre voyage comme suit: nous partirons de Zurich pour nous rendre à Coire (1h de chez nous); puis de Coire (Chur en Allemand), nous prendrons la ligne du Bernina express jusqu’à St-Moritz (ligne bleu-ciel ci-dessus). De Saint-Moritz, nous descendrons dans la Vallée italophone des Grisons (Val Poschiavo) toujours à bord du Bernina qui doit son nom au pic le plus haut du canton des Grisons (~4050 m) que l’on frôle durant le voyage (Ligne rouge ci-dessus). Ensuite, nous poursuivrons sur cette ligne jusqu’à Tirano en Italie (toujours ligne rouge). De là, nous prendrons un autobus express pour Lugano, dans le Tessin (encore ligne rouge) et nous remonterons vers Lucerne et le lac des Quatre-Cantons à bord du Gotthard Panorama-Express (ligne bleu marine)
Nous nous arrêterons deux nuits pour camper à chacun de ces quatre endroits: St-Moritz, Poschiavo, Lugano et Lucerne. Nous vous promettons une description détaillée des campings de Suisse, mais pour l’instant, nous nous concentrons sur le paysage et les régions. Voici ce que ça donne.
Le voyage jusqu’à à St-Moritz
Je pense qu’il vaut la peine de s’attarder sur le voyage en train nous menant de la maison jusqu’à Saint-Moritz. Nous partons tôt le matin, chacun avec notre « frigidaire » sur le dos. Pas grave, nos années de canot camping nous ont habitués à ces portages.
À la gare de Coire. En route pour notre premier voyage dans un des trains rhétiques.
Le voyage de Wädenswil à Coire est déjà impressionnant. On passe par le lac de Walenstadt, surplombé par une immense falaise rocheuse (un genre d’Acropole des draveurs). À Coire, on embarque sur la ligne du Bernina express, en route vers St-Moritz. Ce n’est pas seulement le paysage qui est impressionnant, mais aussi les hauts faits de génie civil qui ont permis à ce train de suivre une telle route. On traverse ainsi le célèbre Landwasser Viadukt, long de 150 m, haut de 65 m et construit en … 1902!
Le train serpente à travers les montagnes en empruntant des dizaines de tunnels et plusieurs ponts. Il monte aussi jusqu’à 2000 m d’altitude pour traverser des passes à travers les montagnes. Plutôt que de vous recopier toutes les images du site web, je vous mets le lien ici vers le trajet du Bernina express. Voici aussi quelques-uns de nos clichés personnels.
Les environs de Saint-Moritz
Vue de la vallée de l’Engadine du haut du téléférique de Furtschellas; au fond à droite se trouvent St-Moritz et son lac.
Après à peine 3h de transport, nous voici arrivés à St-Moritz. Située au creux de la vallée de l’Engadine, dans l’est de la Suisse, à environ 1750 m d’altitude, St-Moritz est l’une des stations alpines mythiques d’Europe. L’été, c’est un repaire d’athlètes d’endurance qui viennent s’y entraîner. L’hiver, eh bien, c’est la station de ski légendaire où on risque d’être assis à côté de vedettes d’Hollywood, de membres de la famille royale anglaise (Le prince Philip ne se sauve-t-il pas à quelques reprises de sa mégère royale en s’envolant pour St-Moritz dans la série Netflix « The Crown »?) ou encore le maharadja de Gopal (pour ceux qui connaissent bien Hergé). Pour les plus vieux, c’est aussi la station où James Bond (Roger Moore) est talonné par quatre méchants Russes dans une scène de poursuite à ski époustouflante dans « The spy who loved me ».
Je ne suis pas un expert en stations de montagne « glamour », mais en voyant St-Moritz, j’ai l’impression que toutes les autres que j’ai vues jusqu’ici n’en sont que de pâles ersatz. La station de sports de montagne parfaite doit posséder plusieurs qualités, toutes réunies ici. D’abord elle doit être vaste. St-Moritz donne accès à de nombreux glaciers ou de pics à dévaler à pied, à vélo, à ski ou même en vol-à-voile (paragliding). Certains ont plus de 3000 m d’altitude. Ensuite, ça prend de beaux lacs à la base pour les sports d’été. St-Moritz en a toute une chaine, enfilés comme un collier d’émeraudes. L’un d’eux, le lac de Silvaplana, possède son propre vent caractéristique venu des Montagnes, le Maloja, ce qui en fait un paradis de planche-à-voile. Ils sont froids par contre! Le « wet suit » est de mise. Ensuite, ça prend des installations. Côté installations sportives, il suffit de dire que St-Moritz a été deux fois l’hôte des Jeux Olympiques d’hiver et de moult championnats de skis. Elle possède la seule piste de bobsleigh naturelle dans le monde. Une dizaine de téléfériques mènent à des télésièges normaux pour aller se promener en hauteur. Chaque pic possède son pavillon restaurant où tout est délectable à part le prix. Finalement, ça prend de l’histoire et de la culture. L’endroit est fréquenté depuis l’Antiquité par les Celtes et les Romains et c’est le coeur de la culture romanche, la 4e langue nationale suisse, souvent oubliée, mais parlée par environ 60 000 Suisses. D’ailleurs, la toponymie locale fait grande référence à la culture romanche. Le lac de St-Moritz est aussi nommé San Murezzano. Le pic Corvatsch (Corbeau), le glacier Morteratsch (Vadret da Morteratsch) ou l’alpage Furtschellas, rappellent bien la culture locale. Même le nom de la vallée l’Engadine vient du fait qu’elle est la source de l’Inn (« En » en romanche), la rivière qui a donné son nom à Innsbruck en Autriche et qui coule jusqu’au Danube pour finir dans la mer Noire.
La rivière Inn, pourtant longue de près de 600 km, n’est qu’un minuscule torrent dans l’Engadine.
De prime abord, St-Moritz peut intimider par sa taille, son aura et son opulence. Mais une fois arrivés au camping, tout redevient simple. C’est plein de gens « normaux » comme nous qui viennent ici des quatre coins de l’Europe pour pratiquer des sports de plein air. La seule chose qui est moins normale, c’est le degré de forme physique des campeurs. Tous pratiquent un sport de manière intense et plusieurs semblent être prêts à courir un marathon à « Un, deux, trois , go! » . À notre arrivée, fin juillet, St-Moritz était l’hôte d’une course de 29 km en montagne (avec 2000 m de dénivelé). La semaine prochaine, c’est l’Iron Man de Saint-Moritz. Partout autour de nous, on voit des parents athlètes accompagnés d’enfants athlètes en cuissards de vélo ou en vêtements de course. La piste du marathon de ski de fond de l’Engadine passe en plein coeur du camping et plusieurs l’empruntent pour faire leur entraînement quotidien. Autre point inhabituel pour un camping Québécois, à côté du camping se trouve un terrain de Polo et, en soirée, on peut assister à des cavalcades vraiment impressionnantes. Typiquement St-Moritz… Mais nous, nous sommes ici pour les paysages.
Rando #1 : Le Piz Diavolezza
Le lendemain de notre arrivée, nous prenons notre premier téléférique pour monter au Piz Diavolezza à 3000 m du niveau de la mer. L’altitude nous coupe le souffle. La vue aussi. Je laisse les photos ci-dessous vous la décrire à ma place.
Randonnée au piz Diavolezza
Une piste de ski à 3000 m recouverte de plastique blanc pour l’été (pour l’empêcher de fondre).
Rando sur la neige en juillet
Un sac de pop corn gonfle en altitude. Pourquoi?
Rando #2 : Le glacier Morteratsch
En après-midi, nous prenons le train pour aller visiter le Vadret da Morteratsch (pour pratiquer votre romanche). C’est le plus gros glacier de la vallée, mais dans les 160 dernières années, il a reculé de deux kilomètres à cause d’un réchauffement du climat dans la vallée. Un sentier balisé permet de marcher là où le glacier se trouvait jadis. Des panneaux d’information nous font prendre conscience de son ampleur en reculant dans le temps jusqu’en 1860. On remet aux enfants un petit guide où on appose un tampon à chaque étape. Chaque tampon fournit la lettre d’un code secret et les enfants gagnent un cadeau à leur retour à la gare s’ils connaissent le code (un yoyo, de la tisane, etc.). Ça les garde motivés! Ils en avaient bien besoin durant cette randonnée de deux heures au soleil.
Rando # 3: Furtschellas et le village de Sils-Maria
Avant notre départ pour Val Poschiavo, le lendemain matin, nous en profitons pour visiter Furstschellas, un domaine skiable tout près de St-Moritz, au pied duquel se trouve le village de Sils-Maria. Furtschellas est bien différent de la Diavolezza. C’est plutôt un alpage, une plaine gazonnée à flanc de montagne où les vaches vont brouter. (Vous vous rappelez Heidi?)
On a un coup de coeur pour cet endroit. Le contraste des montagnes enneigées au loin avec le vert de l’alpage et des lacs émeraude à son pied crée un environnement très paisible, avec pour trame sonore le bruit des cloches des vaches suisses.
Flavie en a profité pour perdre sa première dent de lait! On fait un Skype avec Mamie et Chério (surnoms de mes parents pour les enfants) pour leur partager la beauté des lieux, que j’espère, vous retrouverez sur les photos ci-dessous.
Le restaurant de Furtschellas avec vue sur la haute Engadine. Troupeau de vaches en contrebas.Vue en direction de St-Moritz (St-Moritz est au fond, près du plus petit lac)
Au pied de Furtschellas se trouve le village de Sils-Maria. C’est une bourgade d’environ 80 maisons à travers laquelle coule un magnifique petit torrent glaciaire. Tout est propre et bien pensé dans cette ville typique de la Haute-Engadine.
Notre cliché du village de Sils-Maria
C’est ici que le jeune Friedrich Nietzsche, fragile de santé, a passé sept étés à se reposer, tout en énonçant les principes de son opus magnum » Ainsi parlait Zarathoustra ». (J’aimerais pouvoir me reposer comme ça aussi.) La maison qu’a habitée Nietzsche est maintenant un musée, uniquement en allemand. Avec de jeunes enfants, vous nous excuserez de ne pas l’avoir visité. Par contre, nous avons passé une bonne heure au magnifique parc de jeux pour enfants de Sils-Maria.
Flavie fait de la tyrolienne à Sils-Maria.
* Noter que ce blogue n’est pas tout à fait à jour et que les événements relatés se sont produits il y a deux semaines déjà.
Comme au Québec, les lacs font partie intégrante de la culture Suisse. Tout le monde s’y retrouve pour pratiquer des sports nautiques ou simplement partager l’instant d’une conversation en admirant le paysage. Malgré sa petite superficie (41 000 km^2), la Suisse est fière de ses 176 lacs, dont une vingtaine font plus de 5 km^2. Les plus gros lacs de Suisse sont de taille tout à fait respectable (lac Léman, 580 km^2 – lac de Constance, 530 km^2 – lac Majeur, 228 km^2 – lac de Neuchâtel, 215 km^2 – lac des Quatre-Cantons, 115 km^2 – lac de Zurich, 88 km^2).
Du point de vue d’un Québécois, cela peut à première vue sembler banal quand on sait que notre province à elle seule compte 3,6 millions de plans d’eau douce dont la superficie totale, 207 000 km^2, recouvre 5 fois la Suisse. Le lac Mistassini, le plus grand lac naturel du Québec, possède une superficie supérieure à celle de tous les lacs de la Suisse (mais y êtes-vous déjà allés?). Le Lac Saint-Jean, lui, couvre une superficie de 1000 km^2, le lac Saint-Pierre, 350 km^2 et le lac des Deux-Montagnes, jouxtant Montréal, 150 km^2.
Bien sûr, ce n’est pas la quantité qui compte, direz-vous, mais la qualité. Et les lacs suisses n’ont rien des marais du moyen nord québécois. Ils se distinguent d’abord par leur limpidité et leur propreté. L’eau de la plupart des lacs suisses est potable (pas juste baignable… potable!!). Même l’eau du lac de Zurich, en plein coeur de la plus grande agglomération suisse (> 1M habitants), peut être avalée de travers sans danger. On n’en dira pas tant du Lac Saint-Pierre ou du Lac des Deux-Montagnes…
Les eaux émeraude, qui font la fierté des lacs des Rocheuses canadiennes, ou, plus près de nous, des rivières de Gaspésie ou d’Anticosti, sont la norme ici. Les lacs de tête sont très froids, car leur eau provient directement des nombreux glaciers du pays. Par contre, les lacs de vallée, incluant tous les plus gros lacs de Suisse, sont assez chauds. Nous avons été agréablement surpris, lors de notre première baignade dans le lac de Zurich, que l’eau y soit à une température d’environ 26 Celsius (80 Fahrenheit). On peut y rester de longues heures.
Fait encore plus appréciable, il n’y a aucune bibitte en Suisse. Je m’explique ce fait étrange pour un Québécois par la forte pente des vallées qui empêche l’eau de stagner sur la roche dure comme sur notre Bouclier canadien. Je pense que je vais me ramollir la couenne ici et que mon prochain voyage au réservoir Gouin – qui tient son nom du fait que c’est le réservoir à Maringouins du Québec – risque d’être plus pénible que d’habitude…
Notre lac: le lac de Zurich
Le lac que nous connaîtrons sans doute le plus est celui situé à 100 m de chez nous, le lac de Zurich. Nous admirons sa vue à tous les jours, comme la plupart des résidents locaux car la vue sur le lac est un bien immobilier qui se respecte. Les rives du lac étant très pentues, tout le monde a droit à sa vue sur le lac.
Notre petite vue à nous sur le lac de Zurich. Les maisons semblent disposées pour qu’un maximum de gens puissent profiter de cette source de zénitude en milieu urbain.
Au lac de Zurich, on peut y pratiquer tous les sports nautiques et même la pêche. On peut y pêcher toutes sortes de poissons exotiques comme l’Egli (perchaude), le Hecht (brochet) et la Forelle (truite). Pour ceux qui aiment les comparaisons, il en existe une surprenante entre le lac Memphrémagog et le lac de Zurich, telle qu’illustrée sur l’image ci-dessous.
Surprenant, non? Même taille à 10% près, même forme? On pourrait même dire que Magog, située au bout du lac, est notre petite Zurich à nous. Et le mont Owl’s head, nos petites Alpes…
J’aime bien cette comparaison, car le calme de la vie en Suisse et l’accessibilité au lac me donnent l’impression de vivre cette année dans un chalet que j’aurais loué. Qui sait, peut-être qu’un jour Magog deviendra une plaque tournante de la finance mondiale?
Une fois installés dans notre maison, la première chose que nous avons faite, avant même de se procurer de la nourriture ou un forfait internet, c’est d’aller acheter nos passes de train. Pour avoir un peu lu sur le système ferroviaire suisse à distance, je sais que c’est le plus dense au monde et certainement le plus efficace. C’est aussi probablement un des plus chers. Il est clair que nous allons essayer de passer l’année sans acheter de voiture, alors nous avons besoin de passes de train. En gros, le réseau de transport suisse ressemble à ceci. On peut aller littéralement n’importe où. Le site www.sbb.ch (SBB: Schweizerische Bundesbahn, en français CFF: Chemins de fer fédéraux) est super bien fait et permet de calculer notre trajet à la minute près incluant une combinaison de tous ces moyens de transport.
Lorsqu’on s’intéresse à la structure des prix du système ferroviaire, on se rend vite compte que ça prend un Ph.D. en recherche opérationnelle pour arriver à optimiser nos dépenses. J’ai passé beaucoup trop de temps à comprendre le système pour économiser quelques sous. Il y a des cartes demi-tarifs, des abonnements généraux ou non, des abonnements cantonaux, des rabais saisonniers, tout ça appliqué à cinq modes principaux de transport: les trains, les bateaux, les autobus, les cars postaux, et oui, les téléfériques, car la Suisse en compte environ 2500 actifs dans tout le pays. Commençons par la base. Imaginons que l’on doive aller travailler à Berne de Zurich. Un train reliant les gares de ces deux villes coûte 51 CHF (68$), prend exactement une heure pour un parcours total de 135 km. Il y a des trains directs à toutes les 15 minutes durant le jour. Mais tout de même: à titre de comparaison, j’ai vu des trains Montréal – Ottawa en juin pour 44$. 68$. C’est donc très cher pour une distance beaucoup plus courte. Un choix évident pour n’importe qui restant plus de deux semaines en Suisse est de choisir la carte demi-tarif. Elle fait ce qu’elle dit. Tous les trains sont à moitié prix lorsqu’on possède cette carte (qui coûte 130 CHF pour un mois, ou 185 CHF pour une année). On tombe donc à 25,50 CHF pour Zurich-Berne. On la rentabilise donc assez vite. De plus, pour 30 CHF additionnel, les enfants de moins de 18 ans voyagent gratuitement. Un autre choix évident. Le problème, c’est qu’une fois à Berne, dans mon exemple, il faut prendre des bus, des trams ou autres moyens de transport locaux. Eux aussi coûtent assez cher. Une façon de s’en sortir est de prendre un billet aller-retour qui coûte, eh oui, le double (jusque là, c’est simple). Tout billet aller-retour dans la même journée en Suisse donne accès à tous les transports des zones parcourues. Ça permet d’économiser. Une autre façon d’économiser est d’acheter 6 billets à la fois, ce qui donne un rabais de 5% supplémentaire. Mais il reste les téléfériques et les bateaux qui sont souvent exclus des billets standards et peuvent revenir très cher. (Nous avons pris un téléférique à St-Moritz, le piz Diavolezza, qui coûtait 50$ par personne pour littéralement 20 minutes de remontée mécanique. ) Dans ces cas, il y a d’autres options. On peut acheter des paquets de billets plafonnés à 30-40 CHF par jour tout inclus. Ces billets peuvent être achetés en lots de 20 ou de 30. On peut les activer lorsqu’on sent qu’on va péter notre budget. Par contre, ils n’incluent pas exactement tout, question de nous garder alertes en tout temps. Finalement, une des choses que j’ai trouvée le plus drôle est que l’on ne puisse pas réserver de siège dans les trains. Pour réserver un siège, il faut payer 16 CHF par siège réservé (donc 64 CHF pour une famille de 4). Pensez-y, 85$ environ juste pour réserver quatre sièges. Sinon, vous pouvez avoir à attendre le train suivant et ce, peu importe la durée du voyage. Il va sans dire que nous ne réservons que lorsque cela est absolument nécessaire comme pour les trains rhétiques (des Rhètes, un peuple alpin parlant une langue romane aujourd’hui éteinte et vivant dans le sud est de la Suisse). Ceux-ci nous font traverser les cantons des Grisons et sont classés « patrimoine mondial de l’Unesco ». Nous y reviendrons. Dans tous les cas, je n’ai encore jamais vu un train suisse plein. Rien à voir avec le métro de Montréal…
Finalement, le NEC plus ultra, c’est l’abonnement général. Avec cette carte, on peut prendre n’importe quel moyen de transport public gratuitement en Suisse. Son coût est bien sûr en proportion des privilèges consentis: 430 CHF par mois ou bien 3860 CHF par année.
Nous avons finalement opté pour la carte demi-tarif, deux liasses de 20 billets plafonnés et nous songeons acheter une passe de train cantonale 3 régions à Zurich transférable (que Sophie et moi pourrions utiliser à tour de rôle). Le tout serait complété par des liasses de 6 billets pour les zones non couvertes par notre passe dans le Canton. Vous n’avez pas suivi? C’est normal. Ça m’a pris 20h sur mon téléphone pour établir ma stratégie… on vous l’expliquera si vous venez nous voir!
Deux acrobates dans un wagon panoramique
La ponctualité des trains suisses
La ponctualité des trains suisses est légendaire et à la hauteur de sa réputation. Il est toujours étonnant, pour un voyageur récemment arrivé au pays, de constater que les portes du train s’ouvrent à la minute spécifiée à la gare. À la gare de Zurich, les portes s’ouvrent à la seconde près! On peut régler sa montre sur le train. Quand le train a 5 minutes de retard, on s’impatiente. On devient gâté. C’est assez drôle quand on remet tout ça en perspective. Un retard de 10-15 minutes est la norme sur plusieurs lignes d’autobus de Montréal (quoique le métro soit très ponctuel, bravo!) Bien sûr les retards peuvent arriver, mais si un train a deux minutes de retard, celles-ci sont annoncées au tableau. Pour 5 minutes de retard ou plus, le chauffeur du train s’excuse généralement. Finalement, pour 30 minutes de retard ou plus, ce train est mentionné dans le journal le lendemain (c’est mon collègue vivant en Suisse qui m’a dit ça, je ne l’ai pas encore vécu). Très difficile donc de sortir l’excuse du train en retard à la job… Dans les prochains chapitres, nous parlerons des paysages parcourus en train. En Suisse, les trajets sont autant d’émerveillement que les destinations visitées, ce qui me fait paraphraser Richard Desjardins, lui même paraphrasant le poète espagnol Antonio Machado: « l’important, ce n’est pas la destination, mais le chemin parcouru ».
Le train rhétique Bernina Express, reliant Coire à Tirano (Italie) en passant par Saint-Moritz
Vue du train à la gare d’Alp Grüms, dans les Grisons. Un petit verre sur la terrasse de la gare, ça vous dit?
À 13h, le 14 juillet, nous étions à l’aéroport Trudeau avec toute la famille et 200 kg de bagages. Notre vol partait à 16h50, mais nous anticipions toutes sortes de difficultés. Une fois les bagages enregistrés (1h), nous avons passé la sécurité. J’ai trouvé assez rigolo de passer avec 3 ordinateurs, 2 iPad, 2 téléphones, 1 iPod, 1 radio, 1 Apple TV, 3 disques durs, 4 adaptateurs, 4 paires d’écouteurs et assez de câbles d’ordi pour me faire une corde à linge, voire deux. Comme de fait, j’ai été fouillé. La totale. Devant les enfants. Ça a duré 45 minutes. Avec leur spectromètre (la machine qui reçoit le petit tampon frotté sur vos appareils), ils pensaient avoir trouvé des explosifs dans ma radio (c’est vrai que j’écoute beaucoup de métal), alors ils l’ont scannée, puis rescannée, puis examinée de près, pour conclure que ça devait être un faux positif. J’ai vu pas mal toutes les étapes du protocole de sécurité de l’aéroport, à part la toute dernière, où deux gorilles t’empoignent et te menottent en te pointant un pistolet dans le cou. Ceci dit, l’homme et la femme qui m’ont examiné ont été très professionnels et je les ai remerciés à la fin. Les enfants m’ont posé beaucoup de questions concernant ce « traitement spécial ». Je me demande même s’ils n’ont pas pensé que leur père était un bandit, un instant…
Vers 15h, on était dans la zone internationale. Avec deux heures à tuer avec 2 enfants. Nous avons acheté des drapeaux du Québec avec 20 piastres en petit change canadien qui me restait dans mes poches, sous le regard consterné de la caissière qui voulait d’abord refuser mon argent. Puis avons couru sur les tapis roulants horizontaux pendant presque une heure, question de décharger les enfants avant les 7h30 de vol vers Zurich. Une fois dans l’avion, il fallait se reposer et penser à la méga journée qui nous attendait. Arrivée à Zurich à 6h15. Immigration. Taxi vers Wädenswil (45 min). Rendez-vous avec l’agente d’immeuble à 9h00 à l’appart. Tout ça avec 6h de décalage horaire dans le mauvais sens. C’était un peu serré comme programme. Hélas, impossible de dormir avec nos deux enfants Duracell, qui étaient bien trop excités d’être assis dans le ciel à se faire servir comme des petits rois!
Peu après le départ, Sophie s’est mise à placoter avec une agente de bord de Swiss et lui a confié qu’on venait s’installer en Suisse alémanique. L’hôtesse, qui était elle même de la région, s’est prise d’affection pour les enfants. Ça a commencé avec des petits cadeaux pour les enfants et un souper personnalisé avec leurs noms écrits sur les cabarets avec un petit dessin. Ensuite, c’est une boîte complète de chocolats suisses assortis que nous avons reçue en gage de bienvenue. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. De mon côté, l’agent de bord, que nous nommerons Didier, semble s’être pris d’affection pour moi. Il m’appelle « Rayon de soleil », un qualificatif qui ne m’avait jamais encore été attribué, je dois dire. Alors quand Didier passait dans l’allée, je recevais toutes sortes de faveurs. Hmmm…
– Comment va Rayon de ☀️ ? Prendrait-il quelque chose à boire?
– Oui, un bon café. Ah c’est vrai, j’oubliais, je suis dans un avion. Je vais alors me contenter d’un café, dis-je sur un ton badin.
– Un bon café? Bien sûr! Attends-moi.
Il lâche son chariot de service en pleine allée et part en direction de la première classe. Les autres clients attendent. Cinq minutes plus tard, il me revient avec un double espresso servi dans une petite tasse chic. Les autres craquent de jalousie…
– Et voilà! Si tu as besoin d’autre chose, n’hésite pas…
– Pas de problème, mais tu peux être sûr que je vais hésiter… ha ha!
Plus tard dans le voyage, nous avons aussi reçu une bouteille de Champagne signée par l’équipage pour nous souhaiter la bienvenue. Didier m’a aussi donné sa carte en me disant:
– Si tu as besoin d’importer quoi que ce soit en Suisse, avise-moi, je fais l’aller-retour 4 fois par semaine et moi, ils ne me fouillent jamais!
Quel personnage! Mais vraiment sympa! En fait, à part lui être tombé dans l’oeil, Didier, qui était de Toulouse, semblait me prendre en pitié d’atterrir en Suisse alémanique. Il me souhaitait « bon courage » à toutes les deux phrases, puis ajoutait des trucs du genre:
– Tu vas voir, ils ne savent même pas parler Allemand! C’est du dialecte! Et entre les régions alémaniques, ils ne se comprennent même pas entre eux!
Puis il ajoute:
– Ils roulent leurs « r »: Grrrüezi (Gruëzi = bonjour). Ils ne disent pas Coca Cola, comme les Allemands, mais « Crocra Crola » (C’est vrai, le son « K » en suisse allemand se prononce comme notre « Cr » dans « Croquer ». )
L’immigration en Suisse
À 6h15 précises, nous étions à l’aéroport de Zurich. Le voyage se fait super bien. Seul problème, nous n’avions pas dormi une minute de toute la nuit. Encore pire, nos enfants non plus.
Nous passons la douane en 5 minutes. Étrange, le douanier est sympathique et ne nous demande même pas ce que nous apportons.
Nous récupérons nos bagages 15 minutes plus tard. Nous remarquons qu’ils ont déjà été fouillés, probablement au Canada. En sortant de l’aéroport, nous n’avons vu aucun contrôle de bagages (comme au Canada par exemple). Ça m’a dérouté au point de penser que je m’étais trompé de chemin et que j’avais passé le contrôle sans m’en rendre compte. Ne voulant pas d’ennui avec la police au jour 1, nous sommes retournés sur nos pas et j’ai vu un comptoir indiqué « contrôle douanier ». Nous nous y sommes présentés, mais le type avait l’air de se demander ce qu’on faisait là puisqu’on n’importait pas de marchandises.
Bref, à 7h15, nous étions à l’extérieur à attendre le taxi que nous avions réservé depuis Montréal. Nous goûtions pleinement à l’organisation suisse. Quel plaisir!
Un retard de taxi de plus d’une heure nous a rapidement sortis de notre rêverie. Nous étions subitement très en retard pour notre rendez-vous avec l’agente qui devait nous remettre les clés de l’appartement. Fort heureusement, elle a été patiente et nous nous sommes présentés vers 10h. À 11h, la tente était montée dans la chambre des enfants et tout le monde dormait comme des loirs. Mission accomplie!