Locarno et son festival de films

Il pardo di Locarno (La panthère de Locarno, emblème du festival)

Si vous êtes un lecteur assidu du Devoir, comme moi, vous avez peut-être remarqué qu’on y entend souvent parler pellicule. Odile Tremblay, critique culturelle du quotidien, semble particulièrement apprécier les festivals européens qui présentent des projections plus audacieuses que Fast and Furious 8 ou le retour du retour de la Jedi (alias Star Wars 7-9). Ainsi, peut-être avez-vous déjà entendu parler de la Mostra de Venise, de la Berlinale, du Festival Sundance (au Utah) ou encore du Festival International de films de Montréal (à Toronto ;)? Peut-être vous est-il arrivé de croiser, dans une section cinéma du Devoir ou ailleurs, le nom de Locarno? Cette petite ville de la Suisse italophone (le Tessin) présentait cette année son 72e festival international de films. Le Québec, historiquement, y est bien représenté. Vous souvenez-vous de « Monsieur Lazhar » de Philippe Falardeau, de « Gabrielle » de Louise Archambault ou encore de « Curling » de Denis Côté? Ces films ont tous été primés sur les planches de la Piazza Grande de Locarno. Nous avions donc envie d’aller y jeter un oeil. Après 10 jours de camping en Suisse, nous avions envie de nous la jouer « Jet Set ». Les enfants, en route pour Locarno!

Première attraction touristique pour tous, le trajet de Zurich à Locarno passe immanquablement par le tunnel de base du Saint-Gothard, la merveille d’ingénierie de transport 57 km de long, traversant le massif alpin à plus de 2000 m sous la surface des montagnes à quelques endroits. Un 20 minutes dans l’obscurité totale nous rappelle qu’un tunnel, côté paysage, on a déjà vu mieux. (Remarquez que je n’ai pas ajouté de photo…)

Une fois débarqués du train, notre premier objectif: rejoindre notre hôtel pour y laisser nos affaires. Nous avions choisi pour notre escapade Jet Set une jolie auberge de jeunesse pour la nuit de samedi, au coût de… 192 francs pour une chambre. (On a déjà dormi pour moins cher au Château Frontenac.) Tout de même, elle était très jolie et confortable, escalier en marbre inclus . La jeunesse n’est plus ce qu’elle était et cela convient parfaitement à ma quarantaine bien sonnée.

Flavie devant une tapisserie de l’auberge de jeunesse.

Une fois dehors, nous goûtons à nouveau (après Lugano) au climat tessinois. Il fait au moins 5 degrés de plus qu’à Zurich et les palmiers nous entourent. Locarno est une ville ensoleillée avec de nombreuses ruines médiévales. Les abords du lac Majeur sont particulièrement jolis, avec une longue promenade où l’on croise cygnes, voitures de luxe et piétons profitant de la brise.

Une starlette croisée sur le bord du lac Majeur à Locarno
Vue sur le lac. Photo de notre fiston.

Mais nous ne sommes pas uniquement venus pour admirer le paysage. Nous avons identifié un petit film familial en bandes dessinées et de surcroît en langue française dans le programme de la journée. Nous nous présentons au cinéma quatre heures d’avance pour nous procurer un billet. On nous explique que les billets ne sont disponibles que 30 minutes avant la séance. Nous repartons nous promener. Vingt minutes avant la séance, nous nous présentons à nouveau au guichet. On nous apprend que tout est complet. C’était le seul film que les enfants pouvaient voir. Ils ne verront donc pas de film au festival de films de Locarno. Même si c’était 17 francs le billet, nous sommes extrêmement déçus. Après un petit souper dans une osteria italienne vraiment typique (pâtes sauce tomate et pizza romana), Sophie et moi nous nous disons adieu, l’instant d’une soirée. Elle la passera avec les enfants alors que j’irai sauver l’honneur de la famille en allant assister à la cérémonie de clôture du festival qui commence à 21h ainsi qu’au dernier film du concours. Que la vie est dure pour moi…

À 20h30 précises, la Piazza Grande, la place centrale de Locarno, ferme. Une foule d’agents de sécurité se déploie alors pour vérifier que tous sur la place ont leur billet (même ceux qui mangent aux restaurants des terrasses) et éconduire ceux qui pensaient pouvoir se faufiler. Une fois tous les spectateurs assis (au moins 6000 personnes à vue de nez), la cérémonie de remise des prix commence. Fait intéressant et typiquement suisse, elle se déroule en quatre langues distinctes, chacun choisissant de s’exprimer soit en français, en italien, en allemand ou en anglais. L’italien est toutefois la langue principale et la langue d’animation du concours. Pour ceux que ça intéresse, le « pardo d’oro », premier prix du festival remis au meilleur film, a été décerné au film « Vitalina Varela » du réalisateur portugais Pedro Costa, un film tourné tout en ombres. L’actrice du film, qui se nomme d’ailleurs Vitalina Varela, a aussi remporté le pardo d’oro de la meilleure actrice.

La cérémonie de clôture, sur la Piazza Grande.

Une fois la cérémonie terminée, nous avons eu droit au film de clôture du festival: « Jusqu’au bout du monde », du réalisateur japonais Kyushi Kurosawa. Celui-ci représentait bien la mission « internationale » du festival. C »était une co-production Japon-Ouzbékistan, racontant le choc culturel vécu par une star des médias sociaux japonaise en tournage à Samarkhand et Tachkent. Ayoye! De l’Ouzbèque mélangé à du japonais sous-titré en italien et en anglais. Je voulais être dépaysé, je suis servi. J’ai lutté contre le sommeil un bout et, honnêtement, je serais mal à l’aise de le recommander. N’empêche que l’Ouzbékistan a l’air drôlement beau comme endroit et il figure désormais sur ma liste des futures destinations voyage excentriques de la famille.

Le Lido Locarno

Le lendemain, après s’être bien prélassés dans notre auberge de jeunesse qui, soit dit en passant, hébergeait grande quantité de réalisateurs qui cherchaient probablement comment ne pas trop amputer le budget de leur prochain film, nous nous sommes mis à la recherche d’une activité familiale. Depuis que nous sommes en Suisse, un choix unanime s’impose presque toujours: les plages de lac. Strandbad ou Seebad en allemand, Lido en italien, ce sont les endroits par excellence pour les familles en été. (On vous prépare un article complet là-dessus vers la fin de l’été, vous verrez…). Celui de Locarno est de loin le plus impressionnant que nous ayons vu jusqu’à maintenant et ça doit être le 7e ou 8e lido que l’on visite. On y trouve une piscine olympique pour faire des longueurs, une tour à plongeon de 10 m, des sources thermales, un spa extérieur de la taille d’une immense piscine et qui communique par un tunnel avec une piscine intérieure où les enfants peuvent jouer. Tout ça sans compter les glissades d’eau! Gaël et moi, on a dû faire les trois glissades au moins dix fois chacune. Vraiment excitantes!

Le Lido Locarno vu du lac
Le lac Majeur, vu du Lido Locarno

À notre sortie, la préposée à l’accueil du lido me sourit.

– Ciao Ricky! qu’elle me crie.

Il faut dire qu’en voyant ma carte d’identité à l’entrée, elle m’avait demandé si j’étais parent avec Ricky Gervais, dont elle était une grande fan. Je lui ai répondu du tac au tac que c’était moi. Elle ne m’a pas cru, mais ça l’a bien fait rigoler.

2h30 de train et un tunnel de 57 km plus tard, nous étions de retour à la maison. Demain, journée un peu moins glamour et on annonce de la flotte.

Bonne nuit à tous!

P.S. Ce texte a été publié deux semaines en retard. Le Festival de Locarno a eu lieu cette année du 7 au 17 août 2019.

Publié par Famille QuebecZurich

Une famille Québécoise avec de jeunes enfants vivant une année en Suisse alémanique. Découvrez la Suisse avec nous: géographie, culture, plein air, vie familiale. Bonne lecture à tous.

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