Nos préparatifs en bref.

Un an en Suisse, ça peut exiger un niveau de préparatifs insoupçonné…

Une année à l’étranger, ça ne se planifie pas du jour au lendemain. L’année précédant notre départ, nous avons travaillé activement à organiser notre voyage. Obtenir mon autorisation de départ de Polytechnique, mon contrat d’embauche chez IBM, mettre nos papiers en règle, se trouver un appartement en Suisse, déménager quelques effets personnels, toutes ces étapes ont requis beaucoup de logistique et de comptabilité. Fort heureusement, Sophie et moi aimons ce genre de défi d’organisation et, il suffisait de briser le problème en petits morceaux à résoudre un par un. Quelques exemples? Lass uns gehen! (Allons-y!)

Première épreuve: immigrer en couple

Commençons par le premier et peut-être le plus rigolo du point de vue d’un Québécois. Pour que Sophie puisse immigrer en Suisse en même temps que moi, nous nous devions d’être mariés. Autrement, il aurait fallu que j’immigre d’abord avec les enfants et qu’ensuite, je demande une autorisation de faire venir la mère des enfants, ce qui aurait pris plusieurs mois. Difficile d’imaginer ça au Québec qui est, au meilleur de mes connaissances, l’endroit dans le monde où le mariage confère le moins de droits aux époux (par rapport aux conjoints de fait) et où il importe le moins socialement si un couple est marié ou non. Ceux qui me connaissent me savent plus pragmatique que romantique. Donc, ma façon de fonctionner habituelle aurait mené à ce genre de déclaration péremptoire:

– Bon, chérie, ça a l’air qu’il faut être mariés pour aller en Suisse, faque signe ici.

Après 12 ans de vie commune avec mon amoureuse, j’ai tout de même eu la présence d’esprit de ritualiser un peu cet événement. Très inspiré, j’ai donc ourdi un plan semblable à celui de milliards d’hommes avant moi: je suis allé faire un tour chez le bijoutier en cachette pour acheter un diamant. Pour ma blonde, ça prend du local et de l’équitable. Pas de blood diamonds, peu importe la taille, sous peine de refus instantané. Pas de synthétique non plus, même si c’est plus pur et un tiers du prix… C’est bien correct et ça correspond à mes valeurs aussi. J’ai donc acheté un diamant de la mine Renard, première et seule mine Québécoise en opération. Pour ajouter au symbolisme, j’étais allé la visiter en 2007 alors que j’étais journaliste pigiste pour Québec Science. Le jour J, en août 2019, j’avais 15 minutes entre une visite d’un vendeur de thermopompes et un dîner chez mes parents pour faire ma déclaration, je me suis mis à genoux et j’ai fait ma demande en bonne et due forme. J’avais demandé la permission aux enfants la veille et ils ont fait des efforts surhumains pour garder le secret. Après douze ans de vie commune, on est un peu moins stressé dans ces moments-là, mais tout de même, j’avais le petit trémolo dans la voix et le coin de l’oeil humide.

Elle a dit oui.

Ouf! Une bonne affaire de faite! C’est ainsi que la première démarche bureaucratique de notre voyage commençait. Tant qu’à y être, nous avons aussi invité 100 personnes pour fêter ça à Mont-Tremblant pendant deux jours, histoire de vraiment se mettre dans le jus côté préparatifs. (Si vous lisez ce blogue jusqu’au bout, vous allez voir que ce genre de comportement est plutôt la norme que l’exception dans notre couple.)

C’est ainsi que le 2 mars 2019, nous étions mariés sous la houlette de notre pasteur d’un jour, le révérend Münch (moitié Suisse d’ailleurs… toute est dans toute).

La Suisse accorde beaucoup d’importance au mariage lors de l’immigration. Les Suisses de notre âge qui sont en couple sont presque tous mariés. Pour les amateurs de chiffres, 20% des Suisses vivant en couple choisissent de ne pas se marier. Cette statistique est la même au Canada anglais. Au Québec, c’est 36%, mais probablement encore plus dans la tranche des 20-40 ans. À vérifier. Les femmes changent aussi de nom de famille. Nous pouvons trouver cela étrange au Québec, mais il faut se rappeler qu’on est, à ma connaissance, la seule région du monde où il est inscrit dans le code civil que chaque époux a l’obligation de garder son propre nom. C’est même le sujet d’un des trois articles obligatoirement lus par le célébrant lors de la cérémonie!

Deuxième épreuve: trouver un appartement

Une des caractéristiques principales de la Suisse est son haut niveau de vie. Si on compare par exemple le PIB moyen par habitant des Suisses par rapport aux Canadiens en 2019, on trouve USD$85 710 (3e rang mondial) contre USD$48 601 (19e rang mondial). Le canton de Zurich, génère quant à lui un PIB per capita de USD$96 000. Le Québec, en revanche, a un PIB per capita de USD$44 200. Autrement dit, les Suisses gagnent environ 80% plus que les Canadiens et le Zurichois moyen gagne plus du double de son homologue québécois. Dix pour cent des habitants de Zurich travaillent dans le secteur bancaire (90 000 emplois). Leurs salaires élevés créent une très forte pression sur le marché immobilier Suisse qui est l’un des plus chers au monde. En dépit de règles gouvernementales strictes visant à protéger les locataires (à peu près de la même rigueur que notre SCHL), les loyers sont extrêmement élevés et, quand on revendique trop fort nos droits, les propriétaires peuvent toujours choisir le locataire suivant. On demande presque toujours vos revenus personnels quand vous cherchez (plutôt indiscret) et il n’est pas rare que les familles attendent des mois avant de se trouver un logement. Vous pensiez la situation grave à Montréal, venez faire un tour ici… Pour mettre ça en chiffres, le coût moyen d’un cinq et demi à Zürich dans un quartier non centré (genre l’équivalent de Rosemont), est de 2560 francs suisses par mois (environ 3400$CAD). Vide. Rien d’inclus. Selon un comparateur de coût de la vie que j’aime bien, Numbeo.com, le coût moyen d’un cinq et demi dans un quartier plus chic est de 3200 CHF par mois (4200$CAD). Pour Montréal, le même site donne 1600$CAD pour un 5 et demi dans un quartier chic et 1300$ pour le même 5 et demi hors des grands centres.

Bref, c’est sur ce fond de crise immobilière que nous devions nous trouver un logement. Imaginez alors que vous êtes un propriétaire Zurichois et que vous recevez un courriel d’un Canadien souhaitant occuper votre logement à louer. Vous regardez par la fenêtre de votre immeuble et vous voyez 10 candidats suisses en file prêts à vous faire une offre sur le champ. Neuf fois sur dix, le courriel du Canadien prend le chemin de la corbeille. C’est à peu prêt le taux de réponse que j’ai eu aux dizaines d’offres que j’ai envoyées. Voici quelques faits et réponses plates ou cocasses que j’ai eus de la part de propriétaires ou d’agents durant les 6 mois qu’a duré ma recherche d’appartement.

i. Si vous voulez l’appartement, vous devez venir le visiter en personne le 10 juin à 10h. Aucune exception.

ii. Désolé, vous êtes trop d’avance pour obtenir cet appartement. Recontactez-nous à votre arrivée en Suisse.

iii. Désolé, les enfants ne sont pas permis dans cet appartement.

iv. Notre 5 et demi est disponible, mais nous le louons seulement aux personnes vivant seules.

v. La période de location est du 1er août 2019 au … 17 octobre 2019. (Essaye ensuite de te trouver un appartement qui se loue à partir du 18 octobre pour finir ton année…)

Dans cette quête du Graal immobilier, nous avions un allié de taille, mon futur patron chez IBM, collaborateur et ami, Emmanuel Delamarche. Emmanuel a accepté généreusement de faire des visites d’appartements pour nous. Il nous guidait sur les quartiers à privilégier et ceux à éviter. Je ne manquais pas de rappeler dans mes courriels que mon patron, un big shot chez IBM, daignerait aller voir le taudis à ma place en leur faisant sentir que j’étais très occupé au Canada et trop important pour me déplacer moi-même. Bref, j’ai beurré très épais, mais Emmanuel a joué le jeu et ça a fait son effet! Il a créé un lien de confiance. Nous avons trouvé un joli appartement (non meublé) en banlieue de Zurich, dans une petite municipalité appelée Wädenswil. Nous avons la chance d’être sur le lac de Zurich (avec vue sur le lac!), mais à 20 km (20 min de train) de la métropole. Un train électrique passe juste à côté de la maison et contribue à réduire un peu le loyer avec quelques grincements sporadiques que nous finissons vite par oublier. Grâce à ce compromis, notre loyer est à peu près la moitié de ce qu’aurait coûté un appart équivalent à Zurich même. Bref, c’est comme si on avait décidé de louer à Pointe-aux-Trembles un appart avec vue sur le fleuve plutôt qu’une mansarde sur le Plateau. Sauf que pour que ma comparaison soit juste, il faudrait un train rapide longeant le fleuve de P-aux-T jusqu’à la gare Bonaventure!! (Mme la Mairesse, si vous lisez ce blogue…)

Troisième épreuve: obtenir les visas

Je mets cette épreuve à titre informatif sur le sens de l’organisation légendaire des Suisses, même si, au final, ce n’en fut pas une. Après sept semaines d’attente pour un processus qui aurait dû en prendre quatre, ainsi que divers rappels empreints de nervosité au Directeur de l’état civil québécois, nous avons reçu notre certificat de mariage au début du mois de mai. Cela ne nous donnait que très peu de temps pour faire la demande de visas, car ma date de début d’emploi en Suisse était le 2 août. C’est IBM qui s’est chargée de la soumettre à ma place, nous spécifiant que cela pourrait prendre environ 9 semaines. Résultat, après sept semaines, j’avais mon autorisation d’emploi. La journée même, en matinée, je me suis présenté au Consulat général Suisse à Montréal. Ils m’ont émis les visas sur place, en s’excusant que cela ait pris environ 30 minutes de mon temps…

4e épreuve: envoyer nos effets personnels par bateau.

Nous avons choisi d’envoyer 3 mètres cubes de matériel par bateau. Les prix des transporteurs, peut-on le croire, varient du simple au triple pour exactement la même soumission. Nous avons choisi de faire affaire avec l’entreprise Go Transport de Ville-Saint-Laurent qui nous a donné le meilleur service et un des meilleurs prix. (Noter que je ne reçois aucune commandite pour ce genre de placement de produit et que nos bagages ne sont toujours pas arrivés). Une des raisons de n’apporter que 3 mètres cubes vient du fait que notre appartement en Suisse devra être laissé vide à notre départ et que le déménagement de la Suisse vers Montréal coûte le double de la direction inverse. Finalement, il n’est pas si facile de se défaire de nos effets personnels en Suisse, même quand on veut les donner. Un collègue chez IBM m’a mentionné qu’il avait des fauteuils quasiment neufs à donner au service de ramassage de la Croix-Rouge et qu’il s’est fait répondre qu’ils en avaient trop et ne se déplaçaient que pour les fauteuils en cuir! Une dernière option serait d’aller les porter au recyclage ou à la dompe, mais encore, il faut tenir compte que la location d’un camion à Zurich peut coûter plusieurs centaines de dollars par jour, souvent plus cher que le prix des meubles neufs. Ce sont de petits détails auxquels il faut réfléchir avant de mettre son 5 et demi dans un container… Nous allons donc nous meubler au IKÉA de Zurich qui est à peine plus cher que celui de Montréal. Et en plus, ils livrent à votre porte pour 99 francs.

5e épreuve: faire les bagages

Nous nous rapprochons de la date fatidique de notre départ. Nous avons droit chacun à deux valises en soute avec notre compagnie aérienne (Swiss), au modeste coût de 640$ en extra. Mais quoi choisir? Nous devons apporter le stricte minimum pour vivre deux ou trois semaines sans notre cargo maritime et avant notre commande IKÉA. Je vous épargne les détails, mais la meilleure idée, et de loin, que nous avons eue, est d’apporter notre matériel de camping. Quatre sacs de couchage, quatre matelas de sol, une tente pour quatre, des chaudrons de camping, mon sac de portage de 115L, un brûleur (sans combustible), tout ça peut paraître vraiment futile, mais, au moment où j’écris ces lignes, mes enfants sont couchés dans leur chambre vide dans notre tente! Ils ont l’impression d’être un peu plus chez eux. Quant à nous, qui aimons tant le camping, nous sommes heureux d’en faire dans notre maison encore quelques jours, car notre cargo et notre commande IKÉA devraient arriver à peu près en même temps, soit à la mi-août. C’est la première fois que nous campons sans avoir à nous préoccuper de la pluie! Génial!

6e épreuve: faire garder notre chat

Steve (c’est ainsi qu’il s’appelle), n’est pas un article que l’on s’arrache. Gris de jour comme de nuit, il a quatorze ans bien sonnés et ses habitudes de vieux matou mité. Il passe 12h par jour dans le placard de ma chambre à coucher, le reste dans nos pattes à essayer de se faire caresser. Après un mois d’appels à tous, je n’avais aucune réponse et ce, même si Steve venait avec un « full scholarship » et un mini-bar pour faire oublier les fois où il n’arrive pas à se rendre à sa litière à temps. Finalement, deux de mes étudiantes à la maîtrise ont décidé de jouer les mamans avec lui (non non, je n’ai tordu aucun bras). J’étais extrêmement soulagé! Merci encore Maeva et Elena!

J’aurais pu mentionner encore bien d’autres épreuves mineures, mais l’important est qu’on peut tout résoudre en passant suffisamment de temps à s’informer et en demandant de l’aide. Le grand jour approche, celui de notre départ…

– TG

Publié par Famille QuebecZurich

Une famille Québécoise avec de jeunes enfants vivant une année en Suisse alémanique. Découvrez la Suisse avec nous: géographie, culture, plein air, vie familiale. Bonne lecture à tous.

Join the Conversation

  1. Avatar de Inconnu
  2. Avatar de Famille QuebecZurich

2 Comments

Laisser un commentaire

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer